Direction l'Allemagne

On est en mai, et c'est déjà la 3ème grande navigation de l'année, c'est-à-dire à plus d'une heure de vol d'Orléans.

Cette fois, c'est un premier exercice, avec en ligne de mire le rêve de l'année, à savoir la navigation vers Prague. Pour cette première partie, le but est d'aller en Allemagne pour voir un peu comment ça se passe en avion dans ce pays. On pense que les règles de l'air sont les mêmes dans toute l'Europe, et c'est vrai, mais les us et coutumes de chaque pays sont bien différents. C'est ce que j'ai découvert dans chacun des pays où je suis allé, et l'Allemagne n'y fait pas exception.

Tout d'abord, comme avec chaque navigation vers l'étranger, il faut un plan de vol ! Et originalité Allemande, ça n'est pas nécessaire au départ où à l'arrivée en Allemagne, mais les français le demande quand même. Cette fois, pour le plan de vol, j'ai utilisé mon application SkyDemon. C'est au final pas mieux qu'Olivia, mais les problèmes sont un peu différents. Je me suis trompé de date, et j'ai annulé le premier plan de vol ... qui n'a pas été annulé, donc j'ai reçu un appel de St Denis de l'Hôtel pour savoir si je partais ou pas. Et le jour du départ, c'est l'inverse : le plan de vol était fait, mais St Denis de l'Hôtel ne l'avait pas. Mais contrairement à mon retour d'Oostend, Nadine, à la tour, a appelé le BRIA qui a confirmé qu'il avait bien un plan de vol pour moi, donc tout a finalement bien commencé.

Pour aller en Allemagne, mieux vaut être prêt et faire les choses correctement. J'ai donc tout minuté, dès l'arrivée à l'aérodrome. Arrivée à 9h30, mise en route à 9h45, décollage à 10h. J'avais juste oublié de compter les 3 minutes qu'il nous a fallu pour remonter la piste car le décollage s'est fait en 05 avec uniquement le TWY A accessible. Pas grave, ça a permis de faire chauffer le moteur.

Je suis parti avec Dominique, l'autre propriétaire de l'avion. Ca faisait longtemps que nous n'avions pas volé ensemble, mais cela n'a pas changé grand chose : prêt pour 2h de navigation un peu en zig-zag vers Bitburg, une base de loisir avec une piste de 2200m au sud ouest de l'Allemagne, juste derrière le Luxembourg.

On a donc décollé, avec les pleins moins 30 minutes, pour environ 2h de vol. Le temps était beau, mais assez brumeux, et pour être honnête, même si nous n'avons pas traversé de nuages, le décollage terminé, la visibilité n'était pas extraordinaire. C'est pourquoi on est monté pour faire la nav autour de 4500ft, avec, au début, des nuages en-dessous. On peut pas vraiment dire que c'était du "on top" mais quand même un peu.

Le ciel, au sud de Paris

La navigation était assez rapide. D'une part, il y avait pas mal de vent, on avait une vitesse autour de 135kt pour une vitesse propre de 110kt. D'autre part, on avait plusieurs points tournants pour slalomer autour des centrales nucléaires, des zones de Paris et des nombreuses zones militaires au sud de Reims.

En arrivant vers Epernay

La Champagne

Epernay

Un village en Champagne

Reims

On s'est donc passé le manche de temps en temps, en restant autour de 4500ft, et on est passé près de Nogent sur Seine, Sezanne, Epernay et Reims, avant d'arriver dans la partie intéressante de la nav : quitter la France ! Passé Vouziers, que je connais de nom, on ne peut pas dire que ça soit une zone très densément peuplée. On a donc continué vers la Belgique, et j'ai demandé à la radio (Paris Info jusqu'à la frontière) si on devait contacter Brussels ou directement Luxembourg. J'ai donc contacté Luxembourg une fois en Belgique, pour demander l'autorisation de traverser le Duché.

Vouziers

Dès qu'on sort de France, on doit parler Anglais à la radio, donc, avec ma qualification nouvelle en poche (voir ici), j'ai commencé à m'annoncer, et la traversée du Luxembourg s'est très bien passée avec ça. Demande de descente, et moins de 10 minutes après, je me suis préparé à arriver en Allemagne.

Une abbaie ?

Pour arriver en Allemagne, rien de bien sorcier, il fallait simplement contacter Bitburg, car il n'y a aucune zone à traverser avant ... enfin, c'est ce que j'avais vu sur la carte. Le contact avec Bitburg a été direct et simple. Les réponses étaient toujours très courtes et reprenaient simplement le vent. Je me suis mis en vent arrière pour la 23, et je me suis annoncé au fur et à mesure comme j'ai l'habitude. Mais ça n'est pas l'habitude Allemande. Je pensais avoir un agent AFIS à l'autre bout de la radio, ce qui n'était pas du tout le cas. En fait, j'avais simplement une personne à la radio qui me répondait car il est interdit, en Allemagne, d'atterrir sur un terrain sans avoir une personne à la radio au sol. Mais cette personne n'est pas agent AFIS, simplement une personne qui donne le vent et quelques indications pour faciliter l'atterrissage. Et j'ai eu de la chance, cela s'est passé en Anglais, correctement, apparemment ce n'est pas toujours le cas.

Flugplatz Bitburg

La base 23 était un peu étonnante, car à 50m du seuil de piste 23 se trouve une cuvette avec des habitations. Il a fallut faire cette base au-dessus de cette cuvette, tout en voyant un Boeing de l'armée américaine à moins de 5Nm devant moi, faire un tour de piste. En fait, j'ai compris à ce moment-là, ce que j'avais lu : l'aérodrome de Bitburg est une encoche dans la zone militaire de Spangdahlem, une base militaire américaine toujours en activité. Dans cette zone, c'est l'Amérique, avec des QNH en pouces, des METARs incompréhensibles ... et des Boeings 707 avec de grosses antennes au-dessus, qui décollent comme des avions de chasse, avec de grosses trainées noires derrière.

Un Boeing américain

On est donc arrivé en finale 23, avec un petit seuil décallé, et on a vu, un peu surpris, des cyclistes sur le côté de la piste, nous regarder atterrir ! On n'était pas au bout de nos surprises.

Piste 23 à Bitburg

On a donc remonté la piste et on s'est garé à côté d'un petit camion essence. L'AVGAS est fourni par un petit camion qui ne semble pas bouger souvent. Le responsable avec qui nous discutions à la tour est descendu pour nous servir et discuter un peu, en Français, avec nous. L'accueil était très agréable, on a pu faire le plein, et il nous a aidé à amener l'avion devant la tour à 20m de là, pour le garer.

Encore une journée où la bâche nous a bien servie, avec un soleil qui chauffait pas mal. On a donc laissé l'avion, et on est allé manger au self de l'aérodrome. Très bonne ambiance, et un peu de monde, on a réussi à se faire comprendre et on a pu manger pour moins de 8.50€ par personne !

Une fois le repas terminé, détente. On est allé discuter avec le responsable de la tour. Je pense que ce jour-là, il n'a pas du y avoir plus de 4 avions dans la journée, dont le nôtre. On avait donc un peu de temps et le responsable de la tour aussi. Après avoir payé la taxe d'atterrissage (5.90€), je lui ai demandé s'il y avait un bus pour aller faire un tour en ville. Il a sorti les clés de sa poche, nous a montré sa voiture, et nous a simplement dit de mettre le bazard qui était sur le siège passager, derrière ! On est donc parti avec sa voiture, faire un tour en ville !!!

Dominique et la voiture

Brasserie de la ville

Bitburg n'est pas une très grande ville, donc on a pu faire un petit tour à pied en ville, acheter quelques bouteilles de bière à ramener, et une heure après, on est retourné à l'aérodrome, sans accro.

De retour à l'aérodrome, on a pu voir que celui-ci était partagé. On a d'abord vu une Mercedes en essai. Un modèle sport non immatriculé, qui faisait des tours de piste sur le taxiway. On a aussi vu une Porsche faire des aller-retours, apparemment c'est le directeur de l'aéroport qui s'amusait, nous a-t-on dit ! (en photo, mon avion et la voiture sur le taxiway ...)

Avion et voiture cohabitent

Vers 15h30, on s'est préparé à repartir. Tout d'abord, le responsable à la tour n'a pas voulu vérifier si nous avions un plan de vol. Il a insisté en nous disant que, de toutes façons, c'était pas son problème, car en Allemagne, il n'y avait pas besoin de plans de vol.

Côté météo, autour de l'aérodrome, il commençait à y avoir quelques nuages assez foncés, et les prévisions sur le sud, vers Metz, n'étaient pas très bons, sans être alarmant. Après une petite averse sans nuage (le nuage a du passer 5 minutes avant, ce sont les joies des phénomènes météos), on s'est préparé à partir. Pour nous rappeler qu'il n'était pas agent AFIS, une fois les essais moteurs effectués, je lui ai dit que j'étais prêt au point d'arrêt Alpha. Il m'a répondu que mon plan de vol serait activé au décollage, et m'a dit "faites ce que vous voulez". Autrement dit, pas d'autorisation ou de demande, j'ai pénétré sur la piste et ai décidé de décoller.

Décollage Bitburg

Une fois en l'air, plan de vol activé, un peu de pluie, et il fallait rester en Allemagne. Le but était de longer le Luxembourg pour repartir par le sud vers Thionville. La frontière entre le Luxembourg et l'Allemagne est assez simple à voir, c'est une vallée avec un canal. On est donc resté avec Langen Informations, en Allemagne, en Anglais. Rien de compliqué, dans une zone Golf, et avec le transpondeur Mode-S, zone où ce transpondeur est obligatoire à proximité du Luxembourg (et de l'aéroport de Luxembourg). On est resté à 3500ft pendant tout le retour.

Frontière Luxembourgeoise

Trier et ses environs

Campagne Allemande

Un château en Allemagne

On a ensuite quitté l'Allemagne pour la France. On est passé par plusieurs radios avant d'arriver sur Strasbourg Info. On a slalomé entre Metz et Saint Dizier afin d'éviter ces zones militaires, apparemment assez actives ce jour-là, et on a continué vers Joinville puis on a slalomé encore près de Brienne le Château avant de faire une directe vers Orléans à partir du sud de Troyes.

Vallée vers Metz

ArcelorMittal

Monument 14-18

Le retour n'était pas très compliqué, et même un peu ennuyeux. On avait un vent de face au lieu du vent de derrière du matin, et on n'a pas dépassé les 110kt. Le retour nous a pris 2h15, l'aller avait pris 1h45, et entre Troyes et Orléans, c'était l'ennui, même un peu avant. Dominique en a profité pour envoyer des SMS, ce qui est parfois possible, même quand on ne voit pas de ville dans la zone !

Passé Montargis, pas d'activité particulière, on a continué vers Orléans, et comme l'AFIS (le vrai, en France) était encore là, Nadine m'a permis de faire une longue finale pour la 23, ce qui m'a évité de faire un tour de piste, et a raccourcie notre retour !

Voilà pour le récit complet. Maintenant, la question de mon débriefing : ces vols étaient-ils parfaits ?


  1. Pour l'aller, tout s'est passé comme prévu. On n'a heurté aucun nuage, pas de problème d'orientation, d'altitude, tout était prévu et s'est passé exactement comme ça, du décollage à l'atterrissage, donc oui, on peut dire que c'était un vol parfait !

  2. Pour le retour, on s'attendait à avoir des problèmes météos, notamment des TCU ou des CB vers Metz ou St Diziers. A la place, grand soleil, et on a réussi à contourner les zones pour rester en dehors des zones militaires et aussi pour éviter de les encombrer avec notre passage. On peut dire que mis à part une partie un peu longué, tout s'est passé comme prévu. C'était donc un vol parfait !


La seule chose qu'il faudra vérifier la prochaine fois que je voudrais aller à l'étranger, c'est que le plan de vol soit bien enregistré et disponible à l'aérodrome de départ. A part ça, j'ai fait ce vol avec SkyDemon sur ma tablette, en la rechargeant entre les 2 vols, et tout s'est très bien passé. Voici la trace :

GPSVisualizerMap LFOZ - EDRB

Je remercie vivement le responsable de la tour de Bitburg pour nous avoir gentilment prêté sa voiture pour nous permettre d'aller faire un tour en ville. Il retrouvera, caché dans le coffre, 2 bouteilles de bière !