Voyage en Espagne

Hé oui, c'est déjà 2019. L'année 2018 a été riche en escapades, certaines ont été l'objet d'un article, d'autres, non, mais au total, c'est encore 100 heures de vol, et quelques petits soucis techniques, mais tout ce qu'il y a de plus habituel.

Dernier en date : panne de la pompe électrique. Elle a commencé à montrer des signes de faiblesse au décollage en Hollande, puis a complètement rendu l'âme en octobre. Elle a été remplacée en janvier. Depuis, la nouvelle fonctionne trop bien, tellement bien qu'elle noie le moteur si on la met en route au démarrage ! J'avais adapté mes procédures avec certaines contraintes, en faisant parfois jusqu'à 15 injections en hiver, mais avec une pompe électrique neuve, un carburateur presque neuf et un nouveau démarreur, et des magnétos qui ont aussi été remplacées en 2018, le moteur est presque neuf et il suffit de 2 ou 3 injections pour qu'il démarre au quart de tour !

Pour tester tout cela, rien de mieux qu'une belle journée d'hiver, avec un bel anti-cyclone. Dans ma liste d'objectifs pour 2019 se trouve l'Espagne. Si vous lisez régulièrement ce blog, vous savez que mes destinations préférées sont plutôt au nord. Il faut savoir changer de temps en temps, alors pourquoi ne pas aller au sud, en hiver, on garde le nord pour l'été.

14 février, le temps est beau partout. Le moment idéal pour aller faire un long vol. Rendez-vous est pris avec 2 autres pilotes du club, un jeune breveté, Johan, et un pilote ULM, Damien, qui parle espagnol, pour jeudi à 9h. Dans ces moments-là, tout le monde est à l'heure, et je suis capable de me lever tôt si je sais que je vais faire de bons vols.

La première journée doit nous permettre de descendre dans le sud le plus loin possible, et les 2 jours qui suivent seront là pour rentrer, ou presque. La première étape devait être Marmande puis Bragança au Portugal. Avion sorti, les bagages en soute et Damien bien installé derrière entre la verrière et les sacs, je mets en route ... le moteur tousse ... puis plus rien. Les essais suivants n'ont fait qu'accentuer le problème : j'ai noyé le moteur. Après quelques essais encore, on décide de recharger la batterie qui commençait à ne plus vraiment faire tourner le démarreur, et on mange.

Vers 13h30, on recommence, cette fois sans pompe électrique et avec seulement 2 injections, et notre rêve s'exhaussa : le moteur a démarré et nous étions donc parti pour 2 jours de bonheur dans le sud !

Le trajet vers Marmande s'est bien passé, tranquillement, j'ai piloté et Johan a fait la radio, en français. Arrivés à Marmande, nous avons atterri et sommes allés directement à la pompe pour faire le plein. Nous avions 4h de retard, plus question d'aller à Bragança le soir. Dommage pour l'hôtel que j'avais déjà réservé. La destination allait être Burgos, au milieu au nord de l'Espagne. C'était notre déroutement, ça devient notre destination.
En faisant le plein à Marmande, 4 personnes du club voisin sont venus nous saluer et l'un d'entre eux a reconnu mon avion, qui appartenait à un club du sud ouest il y a plus de 10 ans. Il a bien vu que les couleurs avaient changées, mais a bien reconnu l'immatriculation. On a discuter quelques minutes et on est reparti.

Après Marmande, le trajet est compliqué. Les zones restreintes sont nombreuses et il faut les contourner en ce jeudi après-midi. J'avais tout prévu : la trajectoire qu'il fallait sans passer par les zones, et la trajectoire directe avec les fréquences à contacter. Malgré cela, aucune clairance ne nous a été donnée et nous avons du passer par ma trajectoire hors des zones. Seul Biarritz nous a autorisé à transiter dans ses zones, restreintes mais pas militaires.
A l'approche de Biarritz, on me demande d'aller sur le VOR et de rappeler verticale. Johan, récemment breveté, allume le VOR, entre la fréquence et ... rien ! Après demande à la tour (c'était dans les NOTAMs), le VOR est en panne/maintenance. No comment !

Une fois passée la frontière, on est passé verticale San Sebastian. On en a profité pour demander si on pouvait y atterrir le samedi matin, et on a obtenu l'accord avant la fin du transit.

Après la mer, la montagne. L'Espagne, surtout au nord, est bordée de montagne, avec, au milieu, de grands plateaux. Nous étions donc à plus de 6000ft pour passer ces montagnes, et nous sommes arrivé sur un premier plateau, un peu la forme d'un grand cratère, un peu brumeux, mais pas trop, on le voyait entièrement. C'était Vitoria. On est passé, c'était beau !

Ensuite, on a quitté ce premier plateau pour aller dans le deuxième. Le soleil était un peu plus bas, le plateau, énorme, plusieurs centaines de kilomètres, était brumeux. C'était presque du brouillard, avec quelques stratus, au-dessous de nous. La trajectoire d'arrivée sur Burgos nous a été communiquée et tenait compte de ces stratus.

L'approche de Burgos était assez simple, le soleil était presque couché. On a fait une verticale et on a atterri. On a demandé si on pouvait passer la nuit là, et comme le parking était quasiment totalement vide (un seul bimoteur y était garé), nous nous sommes garé à côté.

Pas de vent, il faisait un peu frais à notre arrivée. On a mis la bâche et on est allé visiter la ville. La soirée était très sympa, et Damien a pu nous montrer quelques spécialités locales.

Le lendemain matin, l'objectif était de décoller vers 10h. On a fait ce qu'il fallait et on était vers 9h30 à l'aéroport.

Mais, surprise, l'avion était recouvert d'un petit centimètre de givre. Heureusement, pas de glace compacte, simplement des cristaux de neige assez faciles à retirer, et qui avaient déjà commencé à fondre du côté de l'avion qui était au soleil. Cela nous a quand même pris un moment pour retirer toute la neige des ailes de l'avion. Heureusement que nous avions mis la bâche !

Démarrage réussi, j'ai mis une seconde de pompe électrique, ça a permis de démarrer au quart de tour !

Décollage, et cette fois, l'objectif est d'aller au Portugal à Bragança. Quelle aventure !

Le décollage et la partie Espagne de la nav, quasiment 90% du trajet, se sont très bien passés. On a pu profiter un peu mieux de l'endroit, désertique mais cultivé, un peu comme la Beauce, avec très peu de routes, mais quelques villages.

L'arrivée au Portugal était différente : d'abord, on est passé assez rapidement d'un plateau à des collines. Le paysage a totalement changé. Ensuite, on a pris contact à la radio, et c'était là que les ennuis ont commencé. Pas de contrôle, c'est un AFIS ... qui m'a assuré au téléphone, dans un anglais approximatif, que c'était possible de parler anglais à la radio. C'est sûr, j'ai parlé anglais ... mais je n'ai reçu comme réponse que 2 phrases : "bonjour" et "choisissez la piste que vous voulez", le tout en anglais. Après, mes messages suivants sont restés sans réponse !!!
Un autre avion était sur la fréquence, mais il semble qu'il ne se soit pas posé en même temps. Heureusement, on a choisi la piste opposée ...

Une fois au sol, quelqu'un est venu nous servir en AVGAS, avec un très bon anglais. Dommage qu'il n'était pas à la tour !
Le paiement de l'AVGAS était un peu plus compliqué puisque l'appareil de carte bancaire ne fonctionnait pas. Heureusement que j'ai toujours l'équivalent d'un plein en liquide au cas où, et c'est 300€ qui sont partis de mon portefeuille !

Pour le ravitaillement, c'était local, on a pu grignoter quelque chose, en se rassurant que le soir, on mangerait mieux. Après une bonne heure pour tout ça, on est reparti.

La suite était assez ambitieuse : rallier San Sebastian avant le coucher du soleil. Environ 3h30 de vol, dont 2h30 sur la côte. Mais le plus dur était d'arriver à la côte. Le décollage de Bragança, sans beaucoup de radio, s'est bien passé. On a rapidement quitté la fréquence. Ensuite, l'objectif était de continuer un peu vers l'ouest puis de monter plein nord, dans les zones de Santiago (Saint Jacques de Compostelle). Problème de taille : les montagnes sont hautes et nous étions assez bas, la radio pour obtenir la clairance ne fonctionnait pas.
Bragança était à 3000ft, on est monté à 5000ft pour décoller, puis on a continuer vers 7000ft, puis 7500ft, toujours pas de contact. J'ai demandé à un avion de faire le relais, mais rien, pas de réponse. Une fois à 7500ft, on a fait demi-tour pour contourner les zones par l'est. Ca aurait pris 30 minutes de plus, mais c'était faisable. Au moment de faire demi-tour, un avion de ligne de Iberia nous contacte directement de la part du contrôle de Santiago, et nous informe que nous aurions une clairance si nous montions à 8500ft au cap Nord. c'était la bonne nouvelle du moment ! Quelques explications m'ont fait comprendre que le contrôle nous avait vu, et vu faire demi-tour, et donc a demandé le relais. Merci le transpondeur "mode S", et merci au contrôleur et à Iberia pour le relais !!!

On est donc monté à 8500ft, puis plein nord. Au moment d'arriver à 8500ft, on a entendu la fréquence de Santiago et on a pu copier la clairance en direct, sans relais. En fait, l'altitude était liée aux montagnes, et aussi à la radio, pour être sûr d'être en contact avec eux.

On est donc allé vers le nord, en une bonne demi-heure, nous étions sur la côte, vers Ribadeo, et ensuite, c'est plus de 2h de côte que nous avons fait. Arrivé vers Santander, nous avions décidé de nous arrêter pour faire le plein. Très simple, la piste est dans l'axe est-ouest, donc on a fait une longue finale et on a atterri.

Pendant que Johan et Damien sont allés payer la taxe, j'ai attendu pour l'essence. Ils ont eu quelques soucis pour remplir les papiers pour pouvoir ensuite revenir à la piste, et de mon côté, j'ai aussi eu des surprises.

Une voiture est venue pour l'AVGAS, c'est plus pratique et économique qu'un gros camion. J'ai présenté ma carte Air BP, et le pompiste a bien apprécié. Mais ensuite, il m'a demandé mon numéro fiscal et là, ça s'est corsé ! Un numéro fiscal ?!? Qu'est-ce qu'un numéro fiscal ? Quand on est une entreprise, c'est généralement le numéro de TVA ou bien le numéro de SIRET, mais pour un particulier, aucune idée !
Le pompiste a sorti une liasse de 30 pages, avec une page par pays de l'UE. A la page France, le numéro fiscal est indiqué comme étant un numéro se trouvant sur ma déclaration de revenu. Qui se balade avec sa déclaration de revenu sur lui, surtout à l'étranger ?!?
Heureusement que j'avais mon ordinateur portable avec moi, dans lequel se trouvent mes déclarations de revenu. J'ai pu lui fournir le numéro.
Quand il a rentré le numéro dans sa tablette, ça a bloqué, et après quelques recherches, il s'avère que les 2 premiers chiffres du numéro sont la clé, et il faut donc les rentrer dans une autre case !

Après ça, j'ai pu avoir 29l d'AVGAS. Le pompiste m'a dit que ça devrait me coûter, avec BP, autour de 1.20€ le litre. Finalement, ça sera 3.51€ le litre sur la facture, dont 18€ de frais d'avitaillement.

On est ensuite reparti pour San Sebastian. L'atterrissage s'est bien passé, on a pu profiter du survol de la ville, c'était très beau. Une fois atterri, on nous a dit de suivre la procédure qu'on avait reçu, mais comme on a demandé l'autorisation par radio la veille, on n'a pas reçu de procédure.

Le principe à San Sebastian, c'est d'aller sur un carré rouge avec le moteur, d'arrêter le moteur, puis de tirer l'avion jusqu'à la place de parking. Malheureusement, je n'avais pas de canne, donc j'ai du rester dans l'avion pour le guider pendant que les 2 autres l'ont poussé et tiré pour faire demi-tour.

La soirée à Sans Sebastian était très bien. Nous étions en fait à Irùn et nous sommes allés manger dans une cidrerie.

Le lendemain, dernier jour. L'objectif était de rentrer à Orléans vers midi ...

Nous sommes arrivés vers 9h à l'aéroport après un bon petit déjeuner à l'hôtel. Pas de givre, une bonne température au-dessus de 10 dès le matin, et un grand soleil. Tout ce qu'il faut pour passer une bonne journée !

Nous avons du tirer l'avion jusqu'au carré rouge pour démarrer le moteur ... et là, rien ! Il n'a même pas toussé, alors que j'ai mis comme la veille 2 secondes de pompe électrique. On a ensuite essayé toutes les 15 minutes, mais rien. Comme le jeudi, vers 12h, on a enlevé la batterie et on l'a mise à recharger chez les pompiers, même si elle n'était pas vraiment déchargée.
Entre temps, on a fait les pleins pour éviter de faire d'escale.
A 14h, on a pu démarrer, sans toucher à la pompe électrique.

Ce qui est amusant, c'est que chacun a eu sa théorie : il faut changer la batterie, quand on la recharge, ça démarre ; il faut faire reposer le moteur et ré-essayer, on est sûr qu'il ne sera pas noyé ; il faut arrêter d'utiliser la pompe électrique qui noie le moteur à chaque fois. Il semble que la dernière théorie soit la bonne, au vue des essais qui ont été faits après.

Au retour, on a pu, cette fois, comme on était samedi, profiter de la côte de Biarritz jusqu'à Soulac sur mer. Le plan de vol était jusqu'à Rochefort. Pour être honnête, on n'a pas vraiment vu Rochefort. Les contrôleurs autour de Rochefort ont bien voulu fermer le plan de vol avant qu'on soit posé, donc la suite du voyage s'est faite "de Rochefort à Orléans St Denis de l'Hôtel".

La côte est très belle, c'est aussi la seule partie que je n'avais jamais faite sur la côte Atlantique. Le reste de la nav était plutôt standard pour ne pas dire ennuyeuse, et on est arrivé près d'Orléans.

Le soleil se couchait et la verrière n'était pas très propre à cause de la bâche mouillée que nous avions mis sur l'avion le matin même. Arrivé sur Orléans, la piste en service était la 23, donc face au Soleil ! Nous avons rejoint le tour de piste. Un appareil dans ce tour de piste était difficilement audible. Il était en finale, nous en base, puis plus de visuel quand nous sommes arrivés en finale, pas non plus de message radio, et comme il n'avait rien dit, je pensais qu'il faisait un complet. Arrivé au seuil de piste, je fais mon arrondi, puis je plane au-dessus de la piste comme d'habitude, et mes 2 passagers semblent voir une ombre sur la piste, je regarde, je vois, je remets les gaz et on se décale sur la piste en herbe, et c'est l'appareil qui était devant nous qui semblait être arrêté sur la piste et qui a redécollé en même temps qu'on passait à côté de lui !

Heureusement que je n'ai pas simplement remis les gaz et passé au-dessus de lui. Sa radio défaillante, sur cet aérodrome à radio obligatoire, et le soleil en pleine face ont été 2 facteurs qui ont contribué à ce presqu'accident. Le fait d'être 3 dans l'avion nous a certainement sauvé d'un incident plus grave.

Après cette remise des gaz, je suis allé faire un tour, quelques minutes, le temps que les avions dans le tour de piste décident de changer de piste. En revenant, un avion s'annonce "Je m'intègre sur la piste 05". Je lui fais remarqué que ça ne veut rien dire ! Il répète et dit "Je m'intègre en finale 05". Je lui fais répéter, "en finale ?!?", il recommence "Je m'intègre en vent arrière pour la piste 05". C'est dommage que des phrases aussi simples et normalement automatiques ne soient pas utilisées correctement. La radio, autour d'un aérodrome, c'est la vie ! Surtout si on n'a pas visuel.

Après 2h57 de vol et toutes ces petites péripéties, nous avons pu atterrir ... avec plus de 4h de retard, comme à l'aller !

Ce fut un très beau voyage. De nouveaux pays, de nouveaux terrains, avec de nouveaux pilotes, tout ce que j'aime dans des vols de plusieurs jours. J'espère pouvoir à nouveau faire des vols comme ça vers d'autres destinations, bientôt.