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4ème Festival du film social Ingré 2024

Le 4ème Festival du film social d'Ingré (près d'Orléans) est un festival qui est organisé par l'ASPAC, une association locale pour la promotion du cinéma, qui fait des courts métrages et qui organise ce festival tous les ans depuis 4 ans.

Cette année, plus de 300 courts métrages ont été reçus. 10 courts métrages français, et 5 courts métrages internationaux ont été retenus. Voici les retenus et les lauréats.

Films Français


600 Grammes, un court métrage de Nathalie Levy-Lang (13'28").

Ève a une forte poitrine. Cela lui pèse. Elle se compare aux autres, dans son nouveau cours de gym où elle va avec des copines. Elle décide d'aller voir pour faire de la chirurgie esthétique, mais pour que l'opération soit remboursée, il faut que la chirurgie lui retire au moins 600 grammes.

Un film qui se penche sur un complexe, et montre comment cela peut être vécu par l'intéressée, mais aussi les pressions qu'elle peut subir dans sa famille, et dans son entourage.


Les inconsolables, un court métrage de Hugo Roblin (4').

Une mère et sa fille sont dans une tente, il est l'heure de dormir. La petite fille a vu un homme pleurer aujourd'hui, et demande à sa mère pourquoi il a pleuré. Sa mère lui répond que c'est un inconsolable. Puis, elle sort, et on voit en plan large que la tente est sous un pont sur une voie rapide.

Un très court surprenant. Dans une tente, on pense aux vacances, à la plage, mais pas à la route et à la pauvreté, encore moins au fait qu'une mère et sa fille puisse encore aujourd'hui, vivre de manière aussi précaire.


Une nuit particulière, un court métrage de Enzo Martinez (26'37").

Un professeur, la directrice, les parents. Leur fils est rentré d'une semaine de classe de neige, et depuis, il ne parle plus, vomi et ne sort plus de sa chambre. Le professeur commence à expliquer qu'une soirée s'est mal passée, et qu'il avait du le prendre dans sa chambre pour qu'il puisse dormir tranquillement. Les faits sont troublants, mais personne ne s'écoute.

Une situation difficile, le film met en exergue les points de vue de chaque partie, mais le jeune garçon dont on parle n'est pas présent. Chacun projette ses idées sur lui, sans écouter les autres, sans comprendre ce que les parents, l'enfant, et le professeur vivent et pourquoi la situation en est arrivée là.

Amère, un court métrage de Floria Djen (17"08').

C'est l'anniversaire de la maman. Chez elle, une jeune fille dont la mère est addict, est là pour le week-end. Sa fille biologique, plus âgée, arrive. Elles ne s'entendent pas bien, et les explications sont franches.

Une situation difficile entre les 2 enfants, mais tout cela à cause d'un homme, un père qui a abusé de sa fille sans que celle-ci ne puisse en parler, même à sa mère. Les abus et les secrets de famille rendent la vie dure aux victimes.


Monochrome, un court métrage de Cédric Prévost (14'05").

Marie et Thomas se parlent sur un site de rencontre. Thomas veut plus que des visios, il veut rencontrer Marie en vrai, car il est amoureux. Mais Marie n'est pas ce qu'il pense. Thomas est un suprémaciste blanc, et Marie utilise un filtre, mais en fait, elle est noire, et cherche à le convertir. Comme Thomas insiste pour la rencontrer, Marie va se dévoiler ...

Un sujet brûlant, surtout en cette soirée d'élection européenne. Qu'est-ce qui fait qu'un homme ou une femme deviennent suprémaciste blanc, raciste ? Comment déconstruire ces idéaux pour permettre de mieux vivre en société, de vivre ensemble.

Malamour, un court métrage de Pascal Roy (30').

Louison, une jeune fille de 14 ans, observe tout ce qui se passe dans la maison de vacances, dedans et dehors, le jour et la nuit. Elle s'intéresse à la relation de sa sœur, Emma, avec son nouveau petit ami Pierrick. Mais celui-ci, courtois au début des vacances, devient désagréable, puis violent, de jour en jour, jusqu'à ce que les maux apparaissent au grand jour.

Comment un jeune homme passe du gentil au méchant en quelques jours ? Comment s'échapper de ses griffes ? Ce film pose des questions qui font réfléchir. L'acteur jouant Pierrick était là et nous a expliquer la difficulté de tourner un personnage avec cette violence.

La Cour des Grands, un court métrage de Claire Barrault (24').

Un conseil de discipline commence pour Simon Petit, un élève d'apparence calme, qui habite en foyer, et qui a pointer ses doigts en forme d'arme envers un professeur en récitant une poésie. Ses alliés ne sont pas ceux que l'on croit, et les discussions ne sont que des monologues. Il doit être exclu, ou peut-être juste recevoir un avertissement ...

Un très beau film qui montre comment les décisions sont prises, souvent, lors d'un conseil de discipline, où personne ne s'écoute, chacun croit savoir, l'enfant est condamné sans même prononcer un mot. Ses soutiens, les délégués de classe, ne lui sont d'aucune aide, sa peine ne sera pas liée à son acte, mais à un mépris des professeurs face aux élèves, qui ne décident pas pour aider l'élève mais pour s'en débarrasser. Une professeur tente de déjouer cet enchaînement pour sauver cet élève.

L'invulnérable, un court métrage de Lucas Bacle (25').

Marcus, 17 ans, a un rêve : il veut faire du cinéma. Il a trouvé l'école dans laquelle il veut rentrer, et pour celui, il doit présenter un court métrage. Celui-ci va représenter sa relation avec son père, qui a une sclérose en plaque et dont il s'occupe au quotidien.

J'ai beaucoup aimé ce film, qui met en scène cet ado, dont le quotidien est d'aider son père à vivre au jour le jour. Il l'aime, fait tout pour lui, et son père pense que c'est son dû. Et quand il comprend les aspirations de son fils, il décide de tout mettre en œuvre pour lui permettre d'avancer, et il prend un peu de recul sur la situation et comprend qu'il doit aider son fils, autant qu'il l'aide.

Enfermé, un court métrage de Etienne Guichard (23').

Samuel, 8 ans, est à l'arrière de la voiture quand soudain, un motard arrive et pousse la voiture. Son père descend, et le motard le tue sous ses yeux à coups de poings. Samuel gardera cette trace de violence durant sa vie d'adolescent, puis d'adulte, jusqu'à revenir sur cette même scène en tant que motard, se voyant à l'arrière de la voiture.

Les acteurs du film étaient présents, et il a beaucoup été question de violence. Comment un petit garçon peut continuer de vivre après avoir vu cette violence ? Sans en parler, en gardant ça pour lui, il arrive ce qu'il arrive dans le film : il va garder cette violence qui va devenir de plus en plus incontrôlable, jusqu'à agresser la femme qui porte son fils. Le scénario permet de faire se retrouver le garçon qui a vu son père mourir au main d'un motard, et lui, comme motard qui allait faire de même devant un petit garçon. La violence est un cercle vicieux, une boucle qui doit être stoppée !

Le feu qui coule dans nos veines, de Benjamin Cotte (2'20"), Nikon Film Festival.

Un homme se prépare à se suicider, mais il reçoit un coup de fil et il répond : il a déclaré être donneur de moelle osseuse et il est compatible avec Raphaël, 12 ans, qui a une leucémie. Il décide de tout changer.

Un très court qui présente un message fort : c'est un alignement d'étoile qui a permis au cinéaste de faire ce film, pour le Nikon Film Festival, en 2'20", avec un budget serré, et un thème qui correspondait à ses idées sur le sujet : le feu. Le cinéaste présent nous a indiqué que le message de ce film est le plus fort : lutter contre la leucémie, amener les adultes de 18 à 35 ans à s'inscrire pour faire un don de moelle osseuse, qui se fait généralement simplement comme un don du sang.


Films Etrangers


Un bon garçon, un court métrage belge de Paul Vincent de Lestrade (19'24").

Max, 16 ans, fait partie de l'équipe de natation. Un des autres adolescents du club accuse le coach d'abus sexuel. Les pressions de toutes parts vont poser problème à Max qui a subit la même chose mais avait enfoui cela au plus profond de lui, sans jamais en parler.

Des abus sexuels dénoncés par un jeune, les autres victimes l'entendent, peuvent vouloir agir, mais on voit dans ce film la pression de toutes parts contre la parole : son ami lui demande de l'aide, il refuse car ses coéquipiers font pression, même son père fait pression pour taire la chose. Sortir du silence est difficile !

The Wake Up Chirp, un court métrage suédois de Kaan Orgunmat (14').

Un jeune garçon est en vacances chez son grand-père, mais celui-ci le maltraite. En regardant la télé, il découvre le morse, et son père a une boîte qui lui sert à faire des sons. Le garçon écoute les cigales et commence à communiquer avec elles, et elles lui apprennent à gérer le comportement de son grand-père.

Le réalisateur était présent, et a expliqué la genèse de ce film. Il a pris des souvenirs de sa jeunesse en Turquie et l'a adaptée en Suède où le même sujet s'est répété jusque dans les années 80/90 où des mesures légales ont été prises pour faire cesser la violence envers les enfants. Ce film ne contient pas de scène de violence, elles sont sous-entendues, et une poésie s'est mise en place avec les sauterelles pour que le garçon sorte de cette spirale de violence. C'est beau et triste à la fois.

Steak, un court métrage iranien de Kiarash Dadgar (8').

Une femme prépare un steak et un gâteau. A peine a-t-elle terminé que l'on commence à entendre des coups de mitraillettes, alors elle cache sa fille dans un placard. Les soldats entrent dans sa maison, et en quelques minutes, la guerre est là.

Un film tourné en plan séquence, avec une caméra spécialement fixée sur un axe permettant de lui faire un tour complet pendant le film, en commençant en fixant le steak qui cuit, puis la cuisine, et enfin en revenant sur le steak, et la guerre qui a pris le dessus en quelques minutes.

Ma Gueule, un court métrage belge de Grégory Carnoli (21').

Stéphane passe une soirée avec des amis après avoir regardé un match de foot dans un bar. Ils décident de sortir en boîte ensemble comme ils avaient l'habitude de le faire avant. Mais Stéphane n'a pas ses papiers, il ne parle que français et un peu anglais, et se retrouve en Flandres, sans parler Flamant. La police le voit roder autour d'une voiture et lui pose des questions, l'arrête et le prend pour un terroriste. Une expérience stressante pour lui.

C'est un film incroyable : un homme belge, qui n'a pas ses papiers sur lui, au lendemain des attentats en Belgique, est arrêté pour un simple contrôle et se retrouve dans un engrenage qui peut le mener en prison. Il y passera la nuit, avec des problèmes de langue (flamant, français, anglais) tout ça à la suite d'un contrôle au faciès. Ce film met en évidence certaines méthodes qui ne sont pas moralement acceptables dans un pays démocratiques.

L'ombre de mon père, un court métrage marocain de Sarra Rkha (18').

Une femme entre dans le bureau d'une assistante sociale. Elle commence à lui raconter l'histoire qu'elle a vécu 20 ans auparavant avec un homme, le fait qu'elle soit tombée enceinte et que son enfant lui ait été enlevé. Soudain, elle se lève et s'en va, en oubliant son sac.

La réalisatrice était présente. Elle nous a expliqué la censure qui s'est appliquée quand le film est passé à la télé, une version raccourcie a du être montée avec une liste d'interdits. Cela ne s'est pas appliqué dans les festivals où elle a pu présenter librement son film. Elle a eu cette idée à partir d'anecdotes que sa soeurs, assistante sociale, et ses collègues, lui ont rapportées. L'un des actrices est très connue au Maroc tandis que l'assistante sociale dans le film est jouée par sa sœur, qui était impressionnée.


Hors Concours


Palissade, un court métrage de Pierrick Chopin (16'32") avec Sébastien Chassagne.

En 2040, Jeanne habite dans une maison en bordure de la forêt. Tous les jours, un sanglier détruit sa clôture pour aller s'abreuver dans la piscine, mais elle essaie de lui tirer dessus. Un médiateur de la faune sauvage vient alors chez elle pour les aider à trouver une solution.

Ce film est intéressant à plusieurs titres. On a appris que le budget était de 90 000 €, dont 35 000 € pour créer le sanglier en images numériques. Ce film est passé en introduction d'une master classe de Sébastien Chassagne qui, interrogé par Patrick Alves, a beaucoup parlé de sa carrière, sa manière de tourner, ses idées de films, et un peu plus précisément sur ce film qui était une commande de Canal+.


Les Récompenses

Lors de la remise des prix, une sculpture créée par le sculpteur François Lenhard, qui travaille à Ingré, est remise à chaque lauréat.

Pour cette édition 2024, 4 prix sont décernés (résultats définitifs très bientôt) :

  • LENHARD du public a été décerné au film Enfermé, de Etienne Guichard
  • LENHARD des lycéens a été décerné au film Monochrome de Cédric Prévost
  • LENHARD du meilleur film français a été décerné à La Cour des Grands de Claire Barrault
  • LENHARD du meilleur film étranger a été décerné à Steak, de Kiarash Dadgar