Marseille, 150ème heure de vol

J'ai eu mon brevet le 9 octobre 2007, cela fait donc presque un an, et en plus, c'est ma 150ème heure de vol, il fallait donc une navigation dont je me souviendrai, j'ai choisi Marseille ! La navigation s'est faite pour l'aller, dimanche, et pour le retour, lundi. J'ai passé ma soirée à tout préparer quelques jours avant. La nav à l'aller devait être de Lamotte à St Etienne, puis St Etienne à Marseille, avec le passage délicat entre St Etienne et Montélimar, au-dessus de quelques montagnes, ou grandes collines, qui culminent à un peu plus de 4000ft. Le reste devait être un peu compliqué à l'arrivée vers Marseille, en essayant de ne pas suivre les itinéraires de cheminement VFR, mais en demandant une directe Avignon Marseille.
La nav réelle de l'aller s'est passée totalement différemment. Généralement je lis les NOTAM au moment de préparer la nav, mais pas cette fois. Je les ai lu la veille du départ. Heureusement, j'ai une technique pour préparer mes nav : je passe d'aérodrome en aérodrome afin de pouvoir me dérouter facilement si besoin. Les NOTAM pour St Etienne indiquaient que la distribution de carburant n'était pas assurée ce dimanche, j'ai donc du changer au dernier moment, sans tout refaire puisque j'ai simplement décidé d'atterrir à Moulins au lieu de transiter, et je suis juste passé au-dessus de St Etienne au lieu de m'y arrêter.

J'avais aussi prévu de partir de chez moi assez tôt, vers 8h30, mais en appelant Moulins, ils avaient du brouillard, donc j'y suis allé tranquillement et j'ai décollé à 10h30, ce qui m'a fait arriver à Moulins une heure plus tard. Cette première partie de la journée s'est déroulé sans rien d'extraordinaire. Une heure de vol, comme je fais souvent, à 3000ft (entre 2900ft et 3100ft comme me le confirme mon GPS) et atterrissage sur un aérodrome inconnu, avec une voie AFIS que j'ai été étonné d'entendre un dimanche alors que sur la carte VAC, ils ne sont pas ouverts le dimanche.
Par contre, une fois atterri, l'aérodrome était désert, on aurait dit une ville fantôme : l'agent AFIS est parti car il était midi une fois l'avion parqué et mes affaires prêtes, les portes étaient toutes grandes ouvertes, sauf les endroits intéressants, comme un ordinateur pour la carte Météo par exemple, j'ai donc mangé mon sandwich tout seul dans un réfectoire ouvert à tous, et je suis reparti sans avoir vu personne une heure après.En atterrissant à Moulins, il y avait quelques nuages à 3000ft, le trajet suivant, LE TRAJET intéressant de la nav, devait se dérouler au FL055 pour me permettre de traverser ce morceau du Massif Central entre St Etienne et Montélimar. Jusqu'à St Etienne, j'ai suivi mon trajet au FL055 comme prévu, mais en quelques minutes, le sol montait aussi, les nuages, jusque là vers le niveau 40, sont montés petit à petit, et j'ai du m'y faire : j'ai demandé à passer au FL075, approuvé, mais en montant, je me suis dit que ce serait pas assez, et plus question de passer en-dessous, donc j'ai demandé le FL095 (soit 9900ft), approuvé, et j'y suis resté jusqu'à Montélimar. Le contrôleur m'a même dit que je pouvais y rester jusqu'à Marseille, mais j'avais envie de redescendre un peu pour ne pas avoir à gérer toute la descente au dernier moment à 1000ft/min au-dessus de l'aéroport. Une fois à Montélimar, je suis donc passé au FL075, directe vers Avignon, comme j'avais demandé. Tout du moins, ça a commencé comme ça, j'étais en contact avec Marseille Info, le SIV, qui n'autorisait pas, mais approuvait toutes les demandes et assurait l'information de vol et de traffic uniquement. Ensuite, une fois avec Provence Approche, le contrôle de la zone, ça était autre chose. La dame qui s'occupait de moi était très sympa. On n'était que très peu sur la fréquence, mais elle passait beaucoup de temps avec moi, car je lui ai dit que c'était la première fois que j'allais à Marseille, et que je ne connaissais pas trop la zone. Elle a voulu me faire éviter Avignon pour me faire dégager par l'est, alors que j'avais prévu de continuer plein sud, donc entre Orange et Avignon, elle m'a dit "Prenez plein est et descendez 3500ft", j'ai donc slalomé entre les nuages, vers 4500ft pour arriver au bon cap à la bonne altitude. Ensuite, c'était plein sud et tout droit jusqu'au point NA. J'ai contacté la tour et j'ai pu faire une verticale puis un tour de piste pour la 31 Gauche. Une fois atterri, tout n'était pas terminé. Au sol, il fallait encore rejoindre le parking de l'Aviation Générale, le 75. On traverse des taxiways avec vue sur des boeings 737, 747, des Falcons et plein d'avions intéressants. J'ai parqué le mien entre un autre DR-400 de l'aéroclub et un DA-40 TDI de l'aéroclub aussi. La navigation a durée 1h50, ça fait du bien de sortir du DR-400 après un vol aussi long. Les sièges ne sont pas vraiment confortable, pas d'appuie-tête, pas de pilote automatique, c'est un avion intéressant pour commencer, mais je ne pourrai pas faire de navigations de 3h ou 4h dedans, d'abord, il n'y a pas de réservoir assez grand, et ce n'est pas assez confortable. Mes affaires prêtes, je suis sorti vers le Terminal Aviation Générale pour aller payer la taxe d'atterrissage. J'ai été surpris du montant : 74.47€ !!! Pour ce que je venais faire, voir un copain à Marseille, c'était plus pratique que d'aller à Aix-Les Milles, car après il faut louer une voiture ou appeler un taxi, ce qui revient assez cher, mais pour aller boire un café, ou même rester plusieurs jours, Marseille Provence reste très cher, avec une taxe de parking de 12.27€HT par jour.

La soirée était agréable, Marseille est une ville sympa et les gens sont aussi sympas, à l'aéroport et en ville aussi. J'ai passé la nuit dans un hôtel "Etap Hôtel" dans l'aéroport ...

... et ce matin, je me suis levé vers 8h. Une fois prêt, je suis allé faire un tour à l'aérogare pour acheter un sandwich pour le midi, et j'ai bien senti que quelque chose se passait : il y avait des policiers de la PAF dans chaque rue, et des voitures de gendarme qui circulaient. D'après quelques renseignements pris auprès du chauffeur de la navette qui m'a amené au terminal de l'Aviation Générale, le Président Français Nicolas Sarkozy, le Premier Ministre Indien Manmohan Singh et le Président de la Commission Européenne José Manuel Durao Barroso étaient en sommet UE-Inde (voir cet article). Juste en face du terminal Aviation Générale, se trouvait 2 avions estampillés République Française, avec plusieurs Gendarmes autour. L'un d'eux m'a demandé mes papiers en me faisant remarquer que je n'avais pas de badge ... mais j'avais ma licence ! J'ai pu faire un plan de vol avant de partir, et récupérer un dossier météo complet (on ne doit pas avoir la même signification du mot complet lorsque le dossier est demandé par Internet ou par Fax, ou bien la personne qui me l'a donné n'a pas fait la demande correctement).
Pour obtenir de l'essence, notamment du 100LL, c'est assez long. Il faut appeler un numéro de téléphone, celui de SHELL exclusivement, le 04 42 14 23 79, et une personne vient environ 10 minutes après, avec un camion, et un embout qui ne connait pas les réservoir de DR-400, plutôt ceux plus volumineux des bimoteurs. Enfin, il a fallut un certain temps pour remplir le réservoir et il a du mettre 2L d'essence à côté en remplissant ... ce qui, au prix de l'essence actuel, et surtout sur cet aérodrome, m'a fait perdre 4.42€ !

Je me suis ensuite étallé dans l'avion. Chaque chose a sa place, surtout pour les grandes nav comme celle-ci, il faut que j'ai tout à porté de main. Les cartes VAC utiles dans le vide-poche à gauche du pilote, les cartes IGN et SIA sur le siège passager, de même que l'appareil photo, et le GPS sur l'accoudoir du pilote. Derrière, j'ai les 2 classeurs des cartes VAC par terre derrière le siège passager (pour les atteindre en cas de besoin, ce qui m'est déjà arrivé), et mon sac pilote derrière mon siège. Par terre derrière mon siège, un gilet de sauvetage tout neuf, au cas où, pour Marseille, c'est pas vraiment utile, mais ça le sera pour l'Angleterre ou les Iles Anglo-Normandes.

A Marseille, il y a une fréquence Prévol. J'ai donc bien préparé mon vol, et je me suis lancé : j'ai demandé, sur la fréquence Prévol, à partir vers le VOR MTG pour monter au FL065 et partir ensutie plein nord vers Lyon. On m'a répondu ... "je vais voir". Ensuite, j'ai mis en route, et j'ai rappelé, sans avoir de réponse sur ce point, mais on m'a dit d'aller au point D7, et de prévenir en arrivant sur Charly.
Pour ce qui est de prévenir en arrivant sur Charly, ça n'a pas posé de problème, c'est ensuite. Sur le plan, je n'avais pas vu le taxiway entre G10 et G11. Celui-ci est fermé. Sur l'embranchement, il y a de grandes croix jaunes. Ces croix sont bien visibles quand on est haut, dans un Boeing ou un Airbus, mais pas quand on est dans un DR-400. J'ai donc pris le mauvais taxiway. Je m'en suis aperçu, et j'ai voulu faire demi-tour. La Tour m'a vu, et la charmante dame que j'avais à la radio m'a dit "ne faites pas demi-tour, attendez le passage du 737 sur votre droite et continuez derrière lui", et à ma droite s'est présenté un 737, que j'ai suivi pour aller me mettre en D7 pendant que les gros comme lui allaient se préparer en D9, tout au bout de la piste.
J'ai fait mes essais moteurs, et j'ai vu le Boeing passer au décollage devant moi. J'ai compté 2 minutes, et j'ai appelé la tour pour leur dire que j'étais prêt au point d'arrêt. Je me suis aligné et j'ai décollé. Je voulais partir direct sur Avignon. Au moment du décollage, le contrôleur m'a dit "autorisé 1500ft au point NB". Un peu déçu, je suis parti sur NB à 1500ft. Une fois en montée, à 1000ft, le contrôleur de Marseille me dit de passer sur Provence Approche. Je change de fréquence, en arrivant sur 1500ft, j'ai à peine le temps de stabiliser l'avion que je suis autorisé au niveau 65 comme demandé, et on est parti pour une montée à 930ft/min (c'est ce que me dit le GPS après coup), direction Montélimar. Ce n'est pas exactement là où je voulais aller, mais c'est la meilleure solution compte-tenu des zones militaires. Ca permet de voir plein de choses, les Alpes notamment, enfin juste le début car avec la brume, on ne voit pas vraiment très loin. Une fois sorti des zones d'Orange, je contacte Marseille Info, le SIV, et je leur demande de changer de cap pour aller direct Lyon Bron, comme je voulais faire au début. Approuvé. Comme le cap repasse vers le 004, je redescends au niveau 055 pour être en conformité avec la règle semi-circulaire, un peu difficile à tenir lorsque le cap à suivre est autour du Nord. J'arrive tranquillement vers les zones de Lyon que j'attendais. Le suspens était de savoir s'ils allaient me laisser transiter dans leur zone, et à quelle altitude ! Je n'ai pas tardé à les contacter en passant Romans sur Isère, mais ils ne m'ont pas répondu tout de suite. J'ai rappelé, et j'ai reçu ma clairance, une clairance importante puisque c'est la première clairance que je reçois qui me permet de transiter dans une zone Charly, la TMA Lyon 2. J'ai donc reçu l'autorisation de transiter vertical Lyon Bron, au FL055, ce qui est à la limite de l'autorisation puisque Lyon est à 650ft, et que j'y passais donc à 5800ft (normalement, je devais passer à 5500ft-sol, soit 6150ft minimum). La vue de Lyon est magnifique d'en haut. Je ne connais pas vraiment la ville, je n'y suis allé que 2 fois, donc je n'ai pas réussi à distinguer les quartiers ou les arrondissements, mais c'était simplement beau de survoler cette ville. De plus, quand on passe au-dessus, elle n'est pas aussi encombrée que sur les cartes aéronautiques avec plein de zones, le ciel est clair, on voit loin, et c'est beau !
Une fois vertical Bron, il fallait changer de cap pour aller vers Chalon. Je ne voulais pas embêter l'Approche qui m'avait déjà donné une clairance pour un trajet et une altitude, donc j'ai poursuivi en changeant de cap, la clairance me l'autorisait, et je me suis retrouvé au 355 cette fois. Pour 5 degrés de plus, j'aurai du changer de niveau, passer au 65 ou au 45, finalement, je suis resté au 55. Je ne pense pas avoir fait une faute en restant, ma clairance me l'autorisait, et je ne suis pas sûr, mais je crois que cette règle s'applique surtout en classe Golf, car en classe Charly, les avions étant tous séparés, sauf les VFR entre eux, cela ne devrait pas poser de problème.

Une fois sorti de Lyon, j'ai eu quelques problèmes avec la règlementation : je devais donc redescendre au niveau 45, vu que j'allais bientôt atterrir, je ne me voyais pas remonter au 65. Aussi, je devais passer au-dessus de la zone R45S5, dont la limite verticale supérieure est à 2700ASFC, soit 3400ft là où je suis passé. Ce qui posait problème surtout, c'étaient les nuages qui se sont placés exactement là où était la zone, au-dessus. Il a fallut que je commence ma descente, en slalomant autour des nuages pour arriver à faire quelque chose de règlementaire sans trop dépenser d'essence (c'est à dire sans remonter, puisque j'allais atterrir). J'ai ensuite trouvé Chalon et m'y suis posé sans difficulté après 1h50 de vol. Une fois là-bas, je suis allé payer la taxe (8€, c'est pas donné), j'ai vu une personne qui m'a expliqué être le nouvel AFIS. Apparemment, un opérateur privé a la gestion de la plate-forme, et va remettre un AFIS ainsi que refaire la partie accueil pour mieux accueillir les pilotes. C'est une bonne chose, mais la taxe déjà chère, risque d'augmenter !!!

Avant de repartir pour la dernière branche, j'ai fait le plein. J'ai eu une très agréable surprise : j'ai remis 54.80L, ce qui fait une moyenne de 29.30L/h au lieu des 34L/h habituels. J'ai bien vérifié que le réservoir était plein. Durant la nav, j'ai bien mixturé, donc je crois que cela peut avoir un très bon effet. A suivre ... Reparti pour la dernière branche, je devais éviter un obstacle important : la zone R45S4 et R45S3. Je suis parti pour passer au-dessus de la R45S4, moins haute que la S4, et j'ai contacté St Yan. Ils m'ont confirmé l'activité de la zone et m'ont dit aussi que je serai largement au-dessus (je suis remonté au FL045). Ensuite, ils m'ont autorisé à transiter librement. A chaque demande de changement d'altitude, jusqu'au FL065, cela a été accepté. Une fois au FL065, c'est bien de monter, mais il faut penser à redescendre, d'autant plus que je ne savais pas quel temps il ferait à Orléans. Je suis donc repassé sous les nuages, à 3500ft. J'ai eu tord, à Orléans, il faisait beau, j'aurai pu rester au FL065 ou FL085, puis redescendre après, mais bon, tant pis.

Une fois les zones de St Yan passées, j'ai contacté Avord. J'ai dit qui j'étais, quelles étaient mes intentions, et j'ai attendu une clairence pour passer dans la R20B1. Comme vous pouvez le voir sur la carte, j'ai du faire un 360 car le contrôleur ne voulait pas accepter de me laisser rentrer. J'ai insister pour savoir s'il me laissait transiter, il m'a répondu "je ne peux pas, je ne vous vois pas", j'ai donc tourné, et lui ai redemandé. Je pense qu'il a du me voir, mais il a du voir que je m'étais trompé dans le code transpondeur qu'il m'avait donné. J'avais indiqué 7072 au lieu de 6072. Il me l'a finalement dit, j'ai remis le code et aussitôt, j'ai eu ma clairance. Les contrôleurs autour de Marseille étaient sympa, celui-ci un peu moins ! Pour le reste du trajet, je suis simplement rentré chez moi. Rien de spectaculaire, j'ai fait une directe à 3500ft, puis un peu plus bas, pour finir à arriver en vent arrière pour la 15 à 1500ft et à me poser sans aucun problème sur la piste de Lamotte-Beuvron.

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Trajet retour :Le temps total passé à aller à Marseille a été de 2h45 et pour le retour, 3h15. C'est jusqu'à maintenant la plus longue navigation que j'ai pu faire. Je pense que c'est aussi la plus longue que l'on puisse faire en France, car finalement, on s'aperçoit que la France n'est pas un grand pays en fait, tous les points peuvent être atteints en moins de 3h, suivant le vent et suivant si le trajet est direct.
C'est aussi la première fois que je monte aussi haut, avec un aller au FL055, jusqu'au FL095, et un retour entre 3500ft et le FL065, cela permet de mieux voir ce qui environne l'avion, de mieux apprécier le temps qu'il fait, les nuages, et de prendre plus confiance en soit.