Billet 3

J'ai toujours trouvé ça étrange : lorsque l'on inscrit son fils à des cours de Judo, on ne l'inscrit pas en disant "voilà mon fils, tu t'inscris pour passer ta ceinture noire". Alors que lorsqu'on rentre dans un aéroclub, c'est bien clair : on s'inscrit pour passer le PPL.

En donnant cet objectif fort, souvent avec un prix associé très élevé, entre 6000€ et 9000€ le plus souvent comme base de départ, cela met la pression sur l'enfant qui s'inscrit en lui donnant un objectif et un coût, sans même évaluer ses capacités ni prendre en compte d'autre critère.

Or, je vois un jeune arriver au club. Il vient de lui-même et m'explique que depuis qu'il est tout petit, il voit des avions, ça l'intéresse, et il veut apprendre à voler. Après quelques échanges, il s'inscrit et commence pour passer son PPL, puisque c'est l'objectif fixé, avec une étape importante qui est le lâcher autour de 20 heures de vol. Il vole une trentaine d'heures avec un instructeur, ça ne se passe pas très bien. Puis, avec un deuxième, et cela confirme ce qui a été observé avec le premier : son comportement ne permet pas, pour le moment, de le lâcher. C'est donc un échec.

L'échec est clair et grave, il faut alors l'annoncer : votre fils ne sera jamais capable d'être lâché. Et c'est aussi au jeune homme qu'il faut annoncer, en choisissant les mots appropriés, qu'il ne fait pas l'affaire.

Je trouve cela injuste : on va lui casser son rêve, et parfois pour un jeune en manque de confiance en soi, c'est la pire chose à faire.

Au lieu de donner des objectifs de qualité (PPL) et financiers dès l'inscription, pourquoi ne pas essayer de comprendre les motivations des futurs membres, pour, dans certains cas proposer des adaptations : lorsqu'un pilote a des problèmes de santé, il est possible d'adapter son médical pour qu'il puisse continuer de voler, parfois avec des restrictions. Pourquoi ne pas faire de même lorsqu'une personne s'inscrit et n'a pas directement pour objectif de devenir pilote tout de suite, ou bien si on ne sent pas que ça peut le faire, et lui proposer un parcours alternatif ?

On pourrait ainsi proposer à ce jeune de continuer de voler, tout en expliquant qu'il est toujours possible de voler avec un instructeur quand il le souhaite, qu'il pourrait participer aux voyages club en pilotant avec un instructeur s'il y en a un, et pourquoi pas lui proposer de continuer à apprendre ce qu'il faut pour savoir piloter sans pour autant être lâché pour le moment.

S'il accepte, à l'avenir, il aura alors de l'expérience et si un jour l'instructeur le sent capable d'être lâché, alors il pourra l'être, et sinon, ou dans tous les cas, en attendant, il aura réalisé son rêve de voler, et pourra le faire avec d'autres pilotes ou instructeurs du club. Dans ce cas, ce n'est plus un objectif à atteindre, mais du plaisir à prendre tant qu'il peut et tant pis s'il ne devient pas PPL, puisque son idée de départ, c'était d'apprendre à voler, et non d'en faire son métier !