Aller Simple vers Granville

Nous sommes jeudi matin, et le but de la journée est de faire ma première grande nav : Orléans - Granville en passant par le Mont Saint Michel, avec un copain, et surtout sans autre pilote dans l'avion. J'ai envie de faire mes preuves, tout seul.

J'ai passé plusieurs jours à tout bien préparer : cartes, log de nav, NOTAM, Météo ; tout est prêt, le GPS aussi, j'ai appelé Granville qui m'a indiqué qu'il y avait du brouillard le matin, mais que si j'arrivais à venir, je pouvais faire le plein. J'ai même noté, sur mon log, quel réservoir utiliser et à quel moment, tout s'annonce donc très bien, si l'avion démarre, la journée s'annonce magnifique.Départ des hangars vers 10h. L'avion démarre sans problème, procédure de démarrage à froid comme Jims m'avait indiqué la veille, les pleins avaient été fait la veille aussi pour être tranquille. Pas d'AFIS, je démarre en essayant de distinguer les TWY au travers de la verrière embuée. J'arrive au point d'arrêt D05, l'AFIS ouvre, je donne à Guillaume ma position, je fais mes essais moteurs, puis je m'aligne et à 10h22 à ma montre, Top Départ !!!

Décollage sans problème, il y a moins de 8km de visi, mais pas de nuages, donc je me dis que plus haut, ça ira sans problème, ou bien sinon, on fera un tour de piste et on rentrera. Finalement, on décolle, on vise l'antenne de Trainou qu'on ne voit pas, et arrivé à 2km max, je pense, on la voit, donc la visi n'est pas très bonne au départ, mais je reste confiant, l'altitude que j'ai choisi est de 3000ft et après, Chateaudun, le FL035 ou FL055 suivant la météo.

Je contacte Bricy pour demander l'autorisation de transiter directement de l'antenne de Trainou vers Alençon à 3000ft, mais il refuse et me demande de passer par OE puis ensuite direct vers Alençon, à 3000ft. C'est correcte, je confirme et on est parti.
Tout se passe comme prévu, on passe au-dessus de Nogent-Le-Rotrou, mon passager, Anthony, en profite pour prendre des photos (il a de la famille en-dessous), et on continue en profitant des magnifiques paysages gelés, et des petits brouillards qui les enveloppent. On est au FL035, avec un QNH à 1037, soit environ 4200ft, tout se passe bien, on est avec Seine Info, qui nous demande ensuite de passer sur Brest.

Après Bagnolles de l'Orne, à la radio avec Brest, on s'approche d'une couche de nuages se trouvant à peu près à notre altitude. J'indique à Brest que je vais monter vers le FL055 (pas de contrôle, donc juste une indication) et ils me confirment qu'il n'y a pas de traffic, donc j'y vais et la couche est de 7/8, je pense, on ne voit quasiment plus le sol. C'est mon premier long vol, au total environ 1h30, et en plus, j'ai la chance de passer on top, en espérant pouvoir redescendre plus loin ... Le GPS de l'avion fonctionne, mon GPS portable aussi, j'ai un VOR à disposition, qui indique Chateaudun (pas très utile à Granville, mais bon, on peut changer si besoin), donc tout est bon pour moi, un peu de stresse quand même, mais on continue sans problème.

J'aime bien discuter à la radio. J'ai la chance d'avoir Brest, et pas d'autre traffic que moi sur la fréquence. Je ne sais pas s'ils gèrent chacun plusieurs fréquences ou non, mais je me permets souvent, dans ces cas-là, de demander quelques infos pour l'arrivée, ça permet de discuter un peu. Brest m'indique le METAR de Dinard, qui n'est pas très beau : Brume, visibilité 3400m, mais pas de nuages. Tout va bien, au pire, on peut atterrir à Dinard alors.
On continue donc vers mon dernier point tournant, St Hilaire du H., en-dessous des nuages, mais bien présent sur les GPS, une chance !!!
J'aperçois déjà au loin non seulement la mer, mais surtout Granville sur la droite, ainsi qu'Avranches, au milieu, et le ciel, au-dessous de nous, se divise en 2 : la couche de nuages dans la partie droite, s'arrête net, à Avranches, mais la couche, dans la partie gauche, continue, ce qui veut dire que le Mont Saint Michel est sous les nuages. En plus, il est interdit de voler au-dessus de 3000ft dans cette zone.
Je fais donc un tour, un peu haut en fait, au-dessus de la couche de nuages. On distingue, en-dessous, la mer, mais pas de trace du Mont Saint Michel, on ne le verra pas, mais peut-être au retour, dans l'après-midi...

Je me dirige donc vers Granville, je quitte Brest, et je remets mon QNH de 1013 à 1037 environ, puis je m'annonce à Granville. Première grosse erreur, qui ne me gêne pas, mais surtout incommodera mon passager, comme je suis bien trop haut (plus de 3000ft alors que la vent arrière est à 1000ft), je descends à plus de 1500ft/min, et j'arrive à m'intégrer en vent arrière à 1200ft environ. Je fais le circuit de piste, mais n'ayant pas de chronomètre (pas d'ADF), j'ai pris un peu au pif ma vent arrière et surtout ma base, et je me retrouve en finale, beaucoup trop haut d'une part, ce qui me fait arriver sur un plan bien trop haut, et aussi mon altimètre est mal réglé, le QNH était en fait de 1041, ce qui me fait arriver encore plus haut, finalement, je décide de remettre les gaz et de refaire un circuit de piste propre en allant un peu plus sur la mer, pour descendre plus proprement, et on arrive très propre, en touchant la roue droite, du côté du vent, d'abord, comme d'habitude. Je crois que les assiettes de descente pour l'atterrissage et la descente avant ont un peu fait peur à Anthony, mon passager, mais finalement, on est bien arrivé, on s'est garé, et je suis assez content de ce très bon allé simple, avec une partie On Top !
Il est 11h45, l'aérodrome est fermé, personne, on est donc allé faire un tour sur la plage, en bout de piste, et quand l'instructeur est arrivé, on est allé manger dans l'aéroclub. Température moyenne très proche de 0°.

Vers 13h30, on va faire le plein de l'avion, puis je me prépare à démarrer pour faire le retour, car il fait encore beau, et la visibilité est bonne, mais là, la seule chose que je n'avais pas prévu : incapable de démarrer !!!
J'essaie de démarrer à chaud, ce qui était une erreur car le moteur est froid après 30 minutes, en hiver, donc je ré-essaie à froid, mais rien, pas de toux, le démarreur tourne, mais il ne se passe rien. Je ré-essaie 5 ou 6 fois, puis je sors le manuel de vol pour voir ce qu'ils proposent, j'essaie pareil, mais toujours rien.
J'appelle Gilles, notre mécano, qui me dit comment faire (un peu plus détaillé que le manuel de vol) mais rien non plus, il est bientôt 15h, et après 15h, plus question de partir, la nuit est à 17h, et il faut compter 2h pour le retour (le vent est de face) donc on arrête, j'appelle le club pour prévenir, et on abandonne pour aujourd'hui.

J'ai réussi à trouver un hôtel pour la nuit ; Un jeune du club, Thomas, nous a emmené en ville, ce qui nous a évité de prendre un taxi. Ca nous aura permis de visiter un peu la ville, de nuit, c'est déjà ça.
Le lendemain matin, on arrive, l'avion est couvert de gelée, qui en fait commence à fondre. Après une petite discussion avec Gilles, on décide d'essayer de mettre le moteur en route malgré le brouillard : s'il démarre, c'est bon, on attend que le brouillard se lève, s'il ne démarre pas, ça n'est pas la peine d'attendre !

Heureusement, les parachutistes de Granville disposent d'un groupe de parc, que je peux brancher à l'avion (il y a une prise pour cela sur le DA-40). Ca me permet de faire quelques essais, mais au bout de quelques essias, l'instructeur qui était là me dit que de l'essence coule du pot d'échappement : très mauvais signe.

L'avion ne démarre donc pas, on arrête et on rentre. Je rappelle Gilles, le mécano, pour faire le point, et il me donne les consignes pour faire en sorte que l'avion soit correctement stationné, commandes bloquées, freins activés.

J'ai donc du abandonner le DA-40 à Granville. On a pris une voiture et on est rentré à Orléans.

La suite est bien triste pour moi et ne mérite pas un nouvel article. Gilles et Jims sont retourné chercher l'avion (j'étais malade) le jeudi suivant, avec un grand beau soleil, et l'avion a démarré tout de suite, sans rien faire de plus qu'un démarrage à froid.
Quelle honte : j'espère qu'ils ne vont pas me bânir d'utiliser cet avion.

Je me lance et je ré-essaie le jeudi 27, en faisant un aller-retour à 1h d'Orléans, histoire de se balader et de m'assurer que je peux revenir avec l'avion.
A suivre donc ...