Wingly

Depuis le 26 juin, le co-avionnage est autorisé en France. La pratique avait été interdite par la DGAC, mais le Conseil d’Etat a annulé la restriction imposée par la DGAC et en a conclu qu’il n’était, à l’heure actuelle, pas possible d’établir un risque supérieur lié à cette pratique.

La règlementation européenne est très claire, mais ne s’étend pas sur le sujet. Il s’agit du Règlement Européen (UE) 965/2012, paragraphe 4a qui dit :
“les exploitations suivantes d’avions […] autres que complexes […] peuvent être effectuées […] :
a) vols à frais partagés effectués par des particuliers, à condition que le coût direct soit réparti entre tous les occupants de l’appareil, y
compris le pilote, et que le nombre de personnes supportant le coût direct ne dépasse pas six;”

On comprend donc simplement que les avions non complexes peuvent être utilisés par des particuliers pour des vols à coûts partagés, dont le coût direct seul peut être pris en compte, et avec un maximum de 6 personnes à bord (pilote compris).

La règlementation américaine ne s’applique bien évidemment pas sur des avions immatriculés en France, mais a une nuance intéressante puisque seuls les vols à l’initiative du pilote peuvent être effectués. Notamment, il est alors interdit de faire des vols à la demande de passagers. C’est le pilote qui doit définir la date et l’heure du vol, le trajet effectué et les arrêts, et le début et la fin du vol doivent être les mêmes pour le pilote et pour les passagers.

Après avoir présenté la règlementation, passons aux sites. En France, il en existe 2, coavmi et Wingly. J’ai donc testé Wingly. Je me suis inscrit sur le site, et j’ai découvert son fonctionnement.

Sur Wingly, il est possible de poster 3 types de vols :

  1. Une promenade : ce que l’on appel un vol local, avec un départ et une arrivée sur le même aérodrome.
  2. Une excursion : c’est un aller-retour “ensemble”, en partant d’un aérodrome vers un autre, par exemple pour aller au bord de la mer et revenir.
  3. Un voyage : un vol d’un point à un autre sans retour.

J’ai donc mis quelques vols, notamment une excursion vers les châteaux de la Loire. Si nous étions aux USA, ce vol ne pourrait pas avoir lieu car il est clair que je ne fais pas ce type de vol pour m’amuser, tous les dimanches. De plus, sur le site, ce sont les passagers qui choisissent la date et l’heure du vol. Mais en Europe, c’est autorisé.

L’autre partie est aussi un peu compliquée : le coût. Je possède mon avion, donc je n’ai pas de coûts liés à la location de l’avion. Les seuls coûts qui peuvent rentrer en compte pour le partager des frais, sont les frais directs. Voici les coûts qui correspondent à l’utilisation de mon avion :

  1. L’achat de l’avion : clairement pas inclus dans les coûts directs
  2. Les frais d’amélioration de l’avion : clairement pas inclus non plus dans les coûts directs
  3. L’entretien de l’avion (vidanges, visites annuelles, …) : ce ne sont pas des coûts directs, mais ils sont directements liés à l’utilisation de l’avion, heure par heure
  4. Le coût du moteur : celui-ci a un prix et une durée de vie en heure ; c’est un coût lié à l’utilisation, est-ce réellement un coût direct ?
  5. L’assurance : ce n’est pas un coût direct mais sans assurance, je ne peux pas voler
  6. Le carburant : c’est un coût direct (au moins là, on est d’accord !)
  7. Le hangar : clairement pas un coût direct
  8. Les taxes d’atterrissages : coûts directs sur les aérodromes visités, c’est un forfait sur mon aérodrome de base. Est-ce un coût direct ?

Pour le moment, j’ai décidé de faire le prix de l’heure sur cette base :

  • Coûts liés à l’essence : 70€ l’heure
  • Coûts liés à l’assurance : 20€ l’heure
  • Coûts liés au moteur : 15€ l’heure
  • Coûts liés à l’entretien : 15€ l’heure
  • Taxes d’atterrissage : environ 10€ par vol

Cela fait un total de 130€ l’heure de vol, à répartir entre les passagers. Cela fait 32€ l’heure pour 4 personnes à bord, ce que je propose comme base sur le site. Toutefois, comme la plupart du temps, il n’y a que 2 passagers, cela fait un coût de 96€ l’heure de vol réparti en 3 dont moi. On est donc d’accord sur la partie partage de frais, pas de bénéfice.

Alors pourquoi je fais ces vols ?

D’abord, pour essayer, car j’aime bien essayer un peu tout, et voir si ça peut me convenir. Pour cela, j’ai fait du co-voiturage avec Blablacar, du Couchsurfing, et plein d’autres chose, pourquoi pas du co-avionnage.

Ensuite, après avoir essayé pendant quelques semaines, je pense que je vais revoir mes objectifs :

  • d’abord c’est un partage de coût : on ne fait pas de bénéfice, chaque vol coûte au pilote, il faut donc faire des vols intéressants d’abord pour le pilote, avant de vouloir faire des vols intéressants pour les passagers. Donc je vais réduire les propositions de vol pour n’inclure que celles qui m’intéressent vraiment, et ne plus proposer des balades autour des Châteaux de la Loire, qui ne m’intéressent pas, mais qui intéressent tellement les personnes que je rencontre physiquement (amis, relations, …) et qui veulent faire un tour, qu’il n’y a pas besoin de faire cela en plus en co-avionnage
  • ensuite, il y a les motivations des passagers. Certains sont curieux de découvrir l’avion, de voler avec un pilote, de pouvoir discuter … mais ils sont assez rares. La plupart sont intéressés par la balade en amoureux (la plupart des vols sont pour 2 personnes, des couples qui veulent faire une expérience ensemble). Cela rend les choses assez difficiles : je ne suis pas chauffeur de taxi mais pilote pour mes loisirs, donc j’ai envie de partager ma passion, quand je vole, et la plupart du temps, ça n’est pas ce que cherchent les passagers, donc ça n’est pas intéressants pour moi
  • enfin un mix des 2 : lorsque je vais en Alsace, par exemple, comme le weekend dernier, je cherche à faire un vol sympa, avec des amis ou des pilotes, des personnes qui sont intéressés par le vol puisque généralement l’objectif de ce type de vol est de voler, pas d’aller d’un endroit à un autre. Pourquoi alors proposer du co-avionnage ? Peut-être lorsque le vol est vide, quand je suis tout seul ! Mais pour faire ça, il faut que les passagers soient à l’affut d’un vol comme ça, ce qui n’est pas vraiment le cas (généralement les vols sont réservés plus d’une semaine avant).

Donc si je reprends ce que je viens de dire, je ne pense pas faire beaucoup de vols en co-avionnage, car pas de vol locaux, et pour les vols loins, c’est uniquement quand j’y vais tout seul, ce qui est quand même très rare. Depuis que mon avion est à St Denis de l’Hôtel, et que je fais de nouveau parti de l’aéroclub, j’ai rencontré beaucoup d’autres pilotes, et lorsque je veux faire un vol, j’ai beaucoup de personnes que je connais à qui je peux proposer de venir avec moi, pilotes ou non. C’est tellement plus agréable de voler avec des amis qu’avec des inconnus !