Weekend de grosses galères

Ce weekend, j’ai décider d’aller faire un tour dans le nord de la France, avec pour objectif d’aller, ensuite, passer une journée ou 2 en Angleterre. La météo s’annonçait un peu chargée mais avec des nuages et éclaircies dans le Nord de la France et dans le sud de l’Angleterre, j’y suis allé confiant.

La navigation aller s’est bien passée, le temps était beau, toutefois il a fallut faire avec les diverses restrictions dues aux entrainements du 14 juillet, qui ont bloquées tout l’ouest de Paris le vendredi. Une autre restriction était mise en place sur Calais pour la traversée de la Manche par l’e-Fan. Cette restriction fermait l’aérodrome de Calais pour le jeudi jusqu’au vendredi 20h, et même la zone de traversée de la Manche jusqu’au lundi soir. Mais après un rapide coup de fil, on m’a dit que je pouvais venir à 19h sans problème.

Une autre originalité de Calais est que c’est un aérodrome contrôlé sur la carte VAC, mais qu’il y a des NOTAMs permanents pour indiquer que le contrôle n’est plus assuré, de manière définitive, et que c’est remplacé par moment par un AFIS, mais que la plupart des agents sont en cours de formation.

Très beau soleil à l'aller

Un village

Toujours est-il que je suis parti en fin d’après-midi d’Orléans, pensant faire une pause à Albert pour ne pas arriver trop tôt, mais que, parti un peu tard, j’ai changé d’avis en cours de route pour faire le trajet direct Calais. Je suis arrivé vers 19h30 et cela a convenu puisqu’il n’y avait plus personne sur le terrain, ni AFIS, ni ceux qui étaient là pour la traversée de l’e-Fan, qui est le premier avion électrique à avoir décollé d’Angleterre et atterri en France après avoir traversé la Manche. Il faut ajouter que ce n’est pas le premier avion électrique à avoir traversé la manche, le CriCri l’a fait avant, et un autre avion aurait même du le faire aussi, mais certains s’y sont opposés et ont réussi.

Aéroport de Calais, bienvenue en France !

La Tour de l'aéroport de Calais

Le samedi était très beau, je suis allé me balader à Oostend, et le dimanche était pluvieux. Des éclaircies étaient annoncées pour le lundi.

Le lundi, je suis allé à l’aérodrome, mais pas de météo disponible. En fait, si un AFIS est là, alors on peut avoir les observations, mais sinon, plus de METAR ni de TAF disponible. Comme il a plu la plupart du lundi, je suis allé visiter les environs, car on peut, à Calais, profiter d’un bus-bâteau dans lequel des musiciens jouent gratuitement pour les passagers, notamment.

Mairie de Calais

Le lundi soir, j’ai donc du reprendre un hôtel à Calais, mais on m’a précisé que le mardi soir, il n’y avait plus de place.

Le mardi matin, la pression montait. Je devais repartir le lundi, et déjà le mardi, je n’étais pas du tout sûr de partir, au vu des infos météos locales (carte Temsi et stratus qui passaient).
Je suis tout de même allé à l’aérodrome pour y passer la journée, avec un espoir d’amélioration dans l’après-midi. J’ai passé la matinée à attendre quelques signes, dans le hall de l’aérodrome. A midi, je suis allé manger au restaurant de l’aérodrome (on y mange très bien). Après manger, j’ai tenté d’appeler le service météo de l’aérodrome, sans m’attendre à une réponse, on était le 14 juillet !
Mais l’agent AFIS m’a expliqué qu’il était là et qu’il pouvait me donner de bonnes indications, notamment sur la base des nuages. On était donc sur environ 1800ft, avec un vent pouvant aller de 12Kt à 18Kt. J’ai donc commencé à préparer l’avion.

F-GAON sous la pluie à Calais

J’avais préparé une navigation de retour qui demandait 1600ft de plafond environ, j’étais confiant.

Après avoir fait le plein, j’étais prêt à partir. J’ai nettoyé la verrière avec une éponge toute neuve, chose qu’il ne faut jamais faire ! Les éponges neuvent ne sont pas vendues “propres” mais avec un petit peu de nettoyant dessus, ce qui a rendu la verrière collante et m’a obligé à recommencer avec du papier nettoyant, une bonne leçon.

L’AFIS m’a dit que maintenant, ils avaient 2000ft de plafond, je me suis donc préparé. J’ai décollé avec 16Kt à 18Kt de vent de face, rien de bien compliqué, et je suis arrivé à 2000ft, enfin c’est ce que j’ai cru lire, alors que ce n’était pas ce qui était indiqué. C’était indiqué 1000ft ! Je me suis aperçu de mon erreur au bout de quelques minutes, et en voyant devant moi du petit relief (on est dans le nord, le relief fait moins de 300ft). Mais ma nav était prévue pour 1600ft, alors que je n’étais qu’à 1000ft, donc j’ai hésité. J’ai fait un 360, le temps de voir si je rentrais à Calais ou non, puis vers le sud est, le temps semblait se dégager, et à Lille, le SIV m’indiquait 2800ft de plafond, j’ai donc continué en direction de St Omer et effectivement, j’ai pu commencer à monter un peu, vers 1300ft.

Au bout de quelques autres minutes de vol, les choses ne se sont pas arrangées : beaucoup de turbulences, un plafond très bas, et ma nav qui était toujours prévue pour plus haut, j’ai décidé d’interrompre le vol. Je n’ai pas paniqué, mais j’ai demandé assistance au SIV pour atterrir en précisant que j’étais dans une situation inconfortable.

La personne que j’avais à la radio semblait être un agent en formation, avec sa chef était derrière lui qui prenait parfois le micro pour faire le point sur la situation. Il m’a dirigé vers Lille, le temps semblait meilleur. Aussi, arrivant sur Lille, il m’a transféré à la tour de Lille, qui était au courant de la situation, et comme j’avais un peu de mal à trouver la piste, elle a mis en place l’éclairage de la piste en le faisant flasher, ce qui m’a permis de trouver la piste plus facilement.

J’ai fait une vent arrière au sud du terrain, à 1200ft, et les nuages étaient autour de 1300ft, avec de la pluie, avant de pouvoir atterrir sans encombre.

Je me suis alors posé pour essayer de comprendre dans quelle situation je me trouvais et pourquoi.
Tout d’abord, les prévisions météos (1800ft à Calais et 2800ft à Lille) ne reflétaient pas la réalité, mais peut-être un maximum, donc il ne fallait pas compter dessus, mais plutôt sur 1300ft ou 1500ft maximum.
Ensuite, autre constatation, l’avion penchait à gauche : j’avais mal équilibré l’avion en mettant mes bagages du même côté que moi, ce qui n’a l’air de rien, mais cela voulait dire que je devais toujours tirer sur le manche vers la droite, ce qui a probablement contribué au stress lors des turbulences.
Enfin, j’ai préparé ma nav pour une altitude donnée, qui n’était pas atteignable, donc il fallait refaire la nav autrement si l’altitude n’était pas disponible.

J’étais stressé, mais en même temps je n’ai pas paniqué, mon cerveau était encore disponible, pendant le vol et au sol. Malheureusement dans ce genre de situation, et surtout sur un aéroport comme Lille, impossible de trouver quelqu’un avec qui discuter. J’ai été ramené dans une salle spéciale PN (avec ordinateur et canapé) mais personne n’était disponible pour échanger sur la situation. Malgré cela, j’ai pu appeler Météo France, et à ma grande surprise (2ème fois de la journée), j’ai eu des informations météos détaillées sur la journée et les jours suivants, et une personne qui a pu en discuter avec moi.

J’ai donc décidé de faire une nav où je pouvais voler à 1300ft, ce qui passait sans problème sur le papier (enfin la tablette) donc je suis reparti, toujours un peu stressé, mais là, je savais à quoi m’attendre. Je savais aussi qu’à moins d’une heure de vol vers le sud, il n’y avait plus de plafond autre que les zones de Paris, car le grand soleil dominait ailleurs.

J’ai décollé, je suis parti plein sud à 1300ft pour commencer et cela s’est bien passé. J’ai rapidement pu monter à 1500ft puis à 2000ft, conformément à ce qui était indiqué sur la TEMSI qui précisait que plus on allait vers le sud, plus le plafond augmentait, et j’ai enfin pu arriver vers Compiègne où le soleil recouvrait alors tout le ciel. Fin des galères !

Le grand soleil promis enfin arrivé

En passant sur Paris Info, j’ai été suivi par une personne qui était très stressé et ça se ressentait. En fait, en même temps que mon passage dans les zones autour de Paris, un avion avec le transpondeur sur 7012 (un code attribué à Paris Info) était vertical de Paris Charles de Gaulle, et l’agent de Paris Info a demandé plusieurs fois à cette personne de s’identifier … sans réponse. Un avion perdu, un pilote qui voulait se faire plaisir, … nous ne le saurons certainement jamais, mais il y avait bien un avion non autorisé au-dessus de Charles de Gaulle ce soir-là.

Enfin, je suis repassé sur Seine Info, puis sur Saint-Denis, avec des planneurs qui m’ont fait faire un 360, et j’ai pu finir sur une longue finale en 23, atterrissage vers 19h30.

Aérodrome d'Orléans sous un soleil magnifique

C’était une dure journée pour les nerfs. Le fait déjà d’être coincé depuis dimanche à Calais (le but était de rentrer lundi matin car dimanche, il ne faisait pas beau), en plus pas d’amélioration en perspective sur la météo avant jeudi, c’est une situation qui est un peu compliquée. Etre seul devant ce problème, c’est être seul à prendre des décisions qui parfois peuvent mettre sa vie en jeu, donc très difficiles à prendre.

Toutefois, je n’ai pas paniqué, et je n’ai pas quitté la VMC, donc je ne me suis pas mis en danger directement, mais à l’avenir, il sera préférable, si une situation du même genre se profile, de rechercher réellement la navigation avec la plus basse altitude sécurité plutôt que de prendre la moyenne sur l’ensemble du trajet en ligne droite. La navigation que j’ai pu refaire de Lille à Orléans a été découpée afin de passer là où il n’y avait pas de grandes antennes ou éoliennes, avec les bonnes vieilles méthodes (rester à droite de l’autoroute par exemple si des obstacles se trouvent à gauche).

C’était une dure journée, où j’ai appris plein de choses. Si c’est à refaire, je pense en avoir tiré les leçons.