Traversée de la Manche vers Cambridge

Le mois d’août n’a pas vraiment été beau, mais le mois de septembre se présente plutôt bien, avec de belles journées et un anticyclone qui vient nous rendre visite à certains moments, pendant quelques jours.

C’est en voyant ce très beau temps sur la France et l’Europe du Nord, que j’ai décidé de partir en avion quelques jours dans le Grand Nord (pour les pilotes français) : en Angleterre.

Ceux qui me connaissent savent bien que je suis très anglophile, et dès que l’occasion se présente, je vais en Angleterre par quelque moyen que ce soit. Cette fois donc, un rendez-vous professionnel m’amène à aller à Nottingham, comme pratiquement tous les ans en septembre. Cette année, contrairement aux autres années, la météo est très clémente à cette période, j’ai donc décidé d’y aller en avion.

Aller en Angleterre en avion ne s’improvise pas, il faut bien préparer la navigation, et il est préférable de partir avec quelqu’un plutôt que tout seul. J’ai eu un peu de mal à trouver une personne disponible pendant 3 jours pour m’accompagner, mais j’ai enfin réussi 2 jours avant de partir.

Le jour du départ, je suis donc parti d’Orléans – Saint Denis de l’Hôtel en fin de matinée vers 11h, direction Etampes afin de prendre mon passager. Départ seul donc d’Oréans après avoir fait toutes les vérifications nécessaires, notamment passer un petit coup de balais sur les bords d’attaque et mettre un litre d’huile dans le moteur pour être sûr de ne pas être à court en chemin (il y a quand même un autre litre dans la soute, mais en vol, c’est compliqué !).

Le plus long sur ce type de petit vol est de faire chauffer le moteur. Pour un vol de 20 minutes, il faut parfois plus de 10 minutes pour que le moteur soit chaud. J’ai donc décollé en prévenant mon passager pour qu’il soit bien là quand j’arrive, à Etampes, et j’ai décollé. Le trajet est très court, et en ligne droite, avec une seule zone à traverser, celle de Bricy à 1500ft, et j’avais prévu de décoller et d’aller directement à 2000ft. Bricy m’a autorisé à transiter dans leur zone et j’ai donc pu voler comme prévu. L’arrivée sur Etampes est assez simple puisqu’il y a un contrôleur de la DGAC qui s’occupe du circuit, et l’atterrissage s’est très bien passé comme d’habitude.

Mon passager est arrivé en même temps que moi et nous sommes rapidement reparti. A Etampes, le contrôleur est une femme. A sa voix, on lui donne la petite cinquantaine, et elle a bien sûr toujours raison, les pilotes, surtout de passage, ont toujours tord. Et c’est mon cas : j’étais déjà passé l’année dernière, mais des marquages étaient un peu différent et je suis resté en dehors de la zone pour faire les essais moteurs alors qu’il fallait rentrer à l’intérieur. J’ai eu le droit à un sermon à la radio pour m’expliquer comment l’aire fonctionnait. Après les essais moteurs, rapides cette fois puisque le moteur était déjà chaud, on a donc décollé pour la première véritable étape de mon voyage : Abbeville.

Jean-Baptiste, qui m’accompagnait, est un ancien scout. Il aime apparemment bien lire les cartes et s’y repère facilement, il a donc pris la carte et pendant que je pilotais autour de Paris, une zone assez dense tant pour les voitures que pour les avions, il suivait notre trajectoire sur la carte. Cela nous a permis de rejoindre la Seine par les zones de Pontoise. Toujours aux commandes, c’est aussi Jean-Baptiste qui a fait des photos, notamment une que je voulais faire, celle de l’usine Renault de Flins, pour faire une devinette à mon père qui la connait bien.

Usine Renault - Flins

On a ensuite traversé les zones de Beauvais, assez facilement, toujours en direction d’Abbeville, avant d’arriver dans le Nord. Le Nord commence assez bas en fait puisque c’est au moment où on quitte Beauvais que l’on arrive dans les zones de Lille, donc à moins d’une centaine de kilomètres de Paris. On a continué à suivre notre trajectoire sur la carte, tout en conservant un cap au GPS, c’est plus simple qu’un cap au conservateur, que j’ai recalibré comme il fallait, régulièrement.

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L’arrivée sur Abbeville s’est faite sans trop de problème. L’aérodrome se trouve au nord de la ville, près d’un échangeur, on l’a repéré facilement. En passant vertical, j’ai eu un peu de mal à trouver la manche à air, celle-ci pointait vers la piste 02, mais je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai tourné à droite pour me mettre en vent arrière 20. Comme il n’y avait personne en circuit, cela ne m’a pas posé de problème et j’ai continué en finale quand je me suis aperçu de mon erreur dans ma base 20 main droite.

L’atterrissage s’est très bien passé et on est allé parquer l’avion avant de prendre une petite pause dans le local de l’aérodrome pour manger un sandwich et faire une pause. Tout en discutant avec Jean-Baptiste, j’ai repéré quelques personnes qui semblaient venir d’Angleterre, et j’ai engagé la conversation pour savoir quel temps il faisait là-bas. Apparemment tout se présentait bien, même si un des pilotes m’a dit que c’était mieux d’avoir son IMC-rating, le droit qu’a un pilote Anglais avec cette option de passer à travers une couche de nuages, ce que je n’ai pas puisque je suis français.

Le temps était très beau à Abbeville, mais il faisait frais et rester dehors quelques minutes n’était pas très agréable. On a donc fait le plein et on est reparti pour notre destination finale : Cambridge.
Le décollage s’est fait en 02, avec 3 avions devant nous, principalement des anglais qui rentraient chez eux. C’était aussi le moment d’essayer les gilets de sauvetage, l’accessoire indispensable pour traverser la manche en toute sécurité.

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Plus on allait vers le nord et plus j’étais content ! On a commencé à voir la mer à gauche au loin, puis à s’en approcher, et enfin on a vu devant nous le Cap Gris-Nez, mon point tournant pour quitter la France, et là, Lille m’a dit “Rappelez Mid-Channel”. On s’est donc engagé sur la Manche, sans voir l’Angleterre. C’est toujours avec un peu d’appréhension que je m’engage sur la mer, quelque soit l’île vers laquelle je vais, si je ne la vois pas en quittant la terre, mais c’est un des plus beaux moments d’une navigation car le vol au-dessus de l’eau est toujours très calme et très agréable.

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Mid-Channel, Lille me dit d’appeler London Information, à mon grand étonnement. Cette fois, je lui réponds que j’appellerai Manston comme d’habitude, et c’est ce que j’ai fait … ou au moins essayé de faire. Au bout de 3 tentatives, j’ai remis la fréquence de London Information et je les ai appelé. J’ai eu une réponse très rapidement et j’ai continué avec le Squawk 1177 (ils n’ont pas de radar mais si quelqu’un me voit sur un radar, il peut alors me contacter via London Information, c’est un système souvent utilisé en Angleterre pour les codes transpondeurs).

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Après l’atterrissage, j’ai posé quelques questions et on m’a expliqué que Manston était fermé définitivement, en faillite ou presque. C’est dommage car j’avais prévu de m’y poser au retour. Ca fait un aérodrome que je n’aurais jamais sur ma liste.

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Arrivé vers Sheerness, je suis passé avec Southend qui assure le suivi radar et qui n’a pas eu de mal à me voir, puis plein nord afin d’éviter les zones de Stansted. On a profité du paysage un peu spéciale de cette zone, avec des bras de mer et de terre parfois difficile à distinguer, en slalomant entre un aérodrome et un site d’envol de planeurs, et on est arrivé à Sudbury, où on a pris à l’ouest direction Cambridge.

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L’arrivée s’est fait assez facilement, avec un appel à Cambridge 5 minutes avant l’arrivée, ils m’ont dirigé vers la vent arrière 05 pour un atterrissage en numéro 1. C’est assez impressionnant car la base et la finale se trouvent entièrement sur la ville de Cambridge, ce qui n’est pas commun. Une fois au sol, j’ai été gentilment guidé par le contrôleur et je me suis garé sur une zone en herbe spécifiquement réservé aux avions de club ou de passage.

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C’est la première fois que j’atterrissais à Cambridge. J’étais déjà passé une fois en voiture, et je voulais faire une navigation en avion. Il y a un club de visiteurs qui regroupe des personnes qui passent sur l’aéroport, et permet d’avoir une remise sur les frais d’atterrissage, je m’y suis inscrit l’année dernière et j’ai pu en profiter cette année.

La veille au soir avant de partir, j’ai enfin trouvé comment déclarer simplement un vol en provenance de la France à la douane britannique, via le site internet www.onlinegar.com, moyennant une petite “taxe” de £2. Sauf que je n’avais pas tous les éléments, notamment le numéro de passeport de Jean-Baptiste, mon passager, j’ai indiqué à cet endroit “Not at hand”. Nous avons donc eu la visite de la douane, c’était la première fois, avec un grand sourir le douanier m’a fait remarqué que c’était pas la bonne chose à indiquer et a demandé à Jean-Baptiste son passeport. Il est parti avec, remplir les formulaires sur son ordinateur et nous l’a rendu à notre passage à l’accueil. Tout s’est bien passé de ce côté-là.

J’ai fait le plein, j’ai remis les flammes et j’ai installé la bâche, puis on est parti, profiter de notre après-midi à Cambridge.

Le lendemain, le but de la journée est de ralier Cambridge à Nottingham via Boston et Lincoln pour prendre de belles photos. Arrivé vers 9h à l’aérodrome (l’hôtel était à 2 minutes à pied), il fallait se rendre à l’évidence que la journée allait être difficile : 5km de visibilité et un bon brouillard se trouvait sur l’aérodrome. Cela ne semblait pas décourager les élèves à faire des tours de piste, mais l’instructeur m’a dit qu’ils étaient allés faire le tour de la ville et qu’à moins de 5km, ils ne voyaient plus le terrain.
Une petite visibilité comme ça, ça pose de sérieux problème, surtout dans des endroits que l’on ne connait pas, dans un pays où je ne connais pas les habitudes, donc il était hors de question de décoller sans au moins 10km de visi.

On a donc passé la journée à attendre. Un petit coup de fil à Nottingham m’a rassuré puisqu’ils avaient un temps superbe, mais à Cambridge, ça ne s’est jamais levé. Après avoir attendu toute la matinée la réalisation de la prévision indiquant qu’à midi, il y aurait un beau soleil, on est parti manger, et la prévision qui a ensuite indiqué que le temps se lèverait vers 16h ne s’est pas plus réalisée donc on est finalement resté dormir une nuit de plus à Cambridge et mon rendez-vous a du être annulé, pour cette raison et aussi parce qu’il manquait des documents, donc il a été repoussé.

Le vendredi, troisième jour de notre balade, debout vers 8h, et grande déception : un brouillard encore plus dense que la veille. Le temps d’aller prendre une douche et un bon English Breakfast, et le brouillard était totalement levé en faisant place à un grand ciel bleu, que du bonheur !

On est arrivé tranquillement vers 10h à l’aérodrome après avoir fait quelques courses et on a commencé à préparer l’avion. Comme Manston est fermé, j’ai finalement décidé de ne pas faire d’escale au retour et on allait donc faire un vol direct Cambridge Etampes, avec un plan de vol pour un décollage à 12h (le plein a pris un peu de temps, et le temps de faire chauffer le moteur, ça faisait midi).

On a donc pu décoller, pas pour aller à Nottingham, mais pour rentrer sur Orléans par Etampes. Cette fois, je n’ai pas eu de problème avec mon plan de vol, que j’ai enregistré sur le site EuroFPL, et qui a été correctement transmis à Cambridge, enfin pour l’instant …

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Une fois le moteur en route, je demande une clairance de roulage pour aller au point d’arrêt pour la piste 05, et après un petit moment de patience, on me donne l’autorisation de suivre le taxiway en herbe pour la piste. Entre l’attente au parking et le roulage, le moteur a eu le temps de chauffer et une fois arriver, j’ai simplement pu faire mes essais moteurs avant de partir, sans remonter la piste 05, à partir du point d’arrêt Delta (même nom qu’à Orléans) avec plus de 1200m de piste.

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Je suis monté autour de 2000ft, juste en-dessous des nuages, et on a commencé notre navigation retour. Cap vers Sudbury, une petite ville au nord de Southend, près de Earl’s Colne. Avec les nuages, je voyais bien la campagne et ce qu’il y avait devant moi, mais la ville de Sudbury était dans l’ombre, je ne l’ai vu qu’en arrivant dessus.

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Premier point tournant, direction Southend et premier contact avec eux. Tout se passe très bien, ils m’ont même proposé une directe vers Folkeston, car la zone d’essai de tir à l’est de Southend étant inactive, j’étais donc autorisé dans cette zone, mais je préfère alors conserver mon cap et je reste sur ma navigation en passant vertical de Southend, qui me voit avec un peu de problèmes au radar.

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Une fois passé Sheerness, je change de cap et je me retrouve près de Folkeston avec London Information comme à l’aller. Une fois mid-Channel, au revoir l’Angleterre, et retour en France, sur Lille Info. Là, premier problème avec le plan de vol. Lille m’informe qu’ils n’ont pas mon plan de vol car ma destination n’étant pas dans leur zone, comme je n’ai pas indiqué de point dans la zone, ils ne l’ont pas reçu. La prochaine fois, il faudra non seulement que je m’occupe de m’assurer que le plan de vol part bien, qu’il soit bien envoyé à l’aérodrome de départ, mais aussi au contrôle juste après la frontière, donc Lille pour le retour d’Angleterre.

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Lille m’a quand même permis de continuer et m’a bien suivi au radar puisqu’un PA-28 britannique, en vol très proche d’après le contrôleur (environ 1km à 2km derrière mois de visu) me suivait. Mon idée était de passer vertical du Touquet, mais comme c’était la destination de ce PA-28, et que là, ça ne me gênait pas de faire un détour, j’ai contourné la zone du Touquet en suivant sur la carte (Jean-Baptiste s’en est chargé). Après avoir contourné Le Touquet, direction Abbeville, à l’Est de la ville pour éviter les zones de l’aérodrome, puis direction la TMA de Beauvais.

Arrivé près de la zone de Beauvais, j’appelle Beauvais à environ 3 minutes et 2500ft. Beauvais me donne un code transpondeur et me demande de rappeler en arrivant dans leurs zones. Une fois près de la zone, j’appelle Beauvais, mais la contrôleure qui était un peu chargée avec plusieurs arrivées et/ou départ de Ryanair semblait un peu débordé et ne m’a pas répondue tout de suite. Il a fallu que je fasse un 360 une première fois. Une fois qu’elle m’a répondu, elle m’a indiqué qu’elle ne me voyait pas au radar et que de toutes façons, il ne faudrait pas passer trop haut à cause des arrivées, donc j’ai refais un 360 puis un second en descendant à 1500ft. Finalement, elle m’autorise à passer à cette altitude sans me voir malgré plusieurs tests (éteindre puis ralumer) du transpondeur.

Ensuite, même problème avec Pontoise, en arrivant, le contrôleur ne m’a pas vu au radar et donc pas de clairance, il a fallu cette fois que je contourne Pontoise en passant près de Mantes La Jolie et l’antenne de Mondésir (une personne à la radio de Mantes m’a confirmé le nom).

Après avoir passé Pontoise, je suis repassé sur Paris Info, et là, tout s’est bien passé, j’étais bien sur son radar et j’ai pu continuer en passant Dourdan et je suis arrivé à Etampes. Pas de verticale, on était 2 avions, moi le premier, à s’intégrer en vent arrière main gauche pour un complet sur la piste en dur. Le tour de piste et l’atterrissage se sont bien passés.

Une fois atterri à Etampes, la contrôleure d’Etampes m’a indiqué qu’il y avait un problème : je n’ai pas le droit d’atterrir à Etampes en provenant de l’étranger hors Schenghen car il fallait qu’il y ait la douane, et Etampes n’a pas de douane. Je me suis excusé en lui demandant ce que je devais faire, et elle m’a indiqué qu’elle avait appelé la douane et qu’ils n’étaient pas là, donc il n’y avait rien à faire, juste ne pas recommencer !

J’ai donc déposé Jean-Baptiste, qui était ravi du voyage, et on a mangé ensemble un sandwich acheté le matin même chez Sainsbury’s à Cambridge, c’était la dernière trace de l’Angleterre. Gilets de sauvetage retirés, j’ai ensuite repris ma navigation vers Orléans Saint-Denis qui n’avait pas d’AFIS pour l’après-midi. Le retour s’est très bien passé avec un dernier vol de 22 minutes.

Cela faisait 5 ans que je n’étais pas allé en Angleterre (Jersey n’est pas en Angleterre). C’était un vrai plaisir, et encore mieux d’y aller avec quelqu’un. J’ai appris de nouvelles choses sur le fonctionnement de la douane anglaise et sur les plans de vol, et c’était ma première vrai grande navigation avec mon nouveau système de documentation électronique, et le tout s’est parfaitement bien passé.

La prochaine fois, quelques terrains locaux peut-être et surtout dans les 12 mois qui viennent : l’Allemagne !

1 réponse

  1. JB dit :

    je n’ai qu’un seul mot en bouche : génial !